Agressives, nous ?

Si vous nous jugez agressives, nous répondons avec l’écrivaine Benoîte Groult, l’une des premières Chiennes de garde et des plus fidèles :

« Le féminisme est un beau mouvement pacifique, qui n’a jamais tué personne, alors que le machisme tue tous les jours. »

Comme son nom l’indique, un chien ou une chienne de garde a pour fonction de… garder. (lire la suite)

                    


Les Chiennes de garde sur la piste du sexisme ordinaire


Réunies en meute, les Chiennes de garde vaccinent des machos publics contre la rage sexiste ordinaire.
 
Autour du 8 mars elles décernent le
prix au Macho de l’année pour la remarque, déclaration, insulte, etc. la plus sexiste, faite publiquement à une femme pendant l’année précédente.

Les Chiennes de garde ont les machos publics à l'œil et à l’oreille. À bons entendeurs, salut !

                    

texte paru dans Alternatives non-violentes, n°155, «La domination masculine », 2e trim. 2010

Les Chiennes de garde montrent les dents !

Elles aboient pour faire respecter la dignité des femmes, explique Florence Montreynaud, fondatrice du mouvement.

La rue est à nous !

Juin 2001. Un samedi après-midi ensoleillé, rue de Rennes, à Paris. Sur le trottoir, devant la vitrine d’un magasin de chaussures, 9 hommes pieds nus piétinent une publicité en proclamant : « Plutôt marcher pieds nus que chaussés de ces chaussures ! » Des femmes distribuent des tracts et engagent la discussion avec les passant-es : sur une demi-page du Monde, une publicité pour la marque Weston montre une chaussure d’homme masquant en partie le corps à demi dénudé d’une femme dans une position suggestive ; pourquoi utiliser une image de prostitution pour donner envie d’acheter des chaussures ?
C’est une action de La Meute, le mouvement féministe mixte contre la publicité sexiste que j’ai lancé après celui des Chiennes de garde, qui défendent des femmes insultées de manière sexiste dans l’espace public.
Le matin même, le PDG de Weston tente, par téléphone, de nous faire renoncer à la manifestation, qui risque de nuire aux ventes. Je lui répète notre demande : un engagement écrit de s’abstenir de publicité sexiste.
Encore trois samedis après-midi à manifester devant son magasin, et la réponse arrive. L’agence de publicité perd le budget, et une autre agence est choisie, qui reçoit d’autres consignes. Résultat : année après année, La Meute félicite les chaussures Weston, car désormais leurs publicités montrent seulement … des chaussures.

Octobre 2008. Dans les vitrines du magasin d’informatique Surcouf, avenue Daumesnil à Paris, sont exposées des affiches où deux femmes en soutien-gorge, slip et bas noirs, déhanchées et cambrées, encadrent un adolescent en bermuda, l’air niais ; slogan : « Résisterez-vous à autant d’@vantages ? »
La Meute des Chiennes de garde (les deux mouvements sont réunis), qui s’apprête à manifester devant le magasin, adresse au PDG une lettre ouverte : « Nous vous demanderons des comptes sur cette utilisation de corps féminins comme appât pour vendre des marchandises, et sur cette représentation dégradante de vos clients. » Le succès est presque trop rapide : dès le lendemain matin, les affiches sexistes sont masquées, ce qui nous amène, à notre grand regret, à renoncer à la manifestation prévue.

En effet, manifester, l’un des droits fondamentaux des citoyen-nes dans une démocratie, est aussi l’un des plaisirs de l’engagement féministe. Pour les « dangereuses extrémistes » que sont les Chiennes de garde, cela signifie nous retrouver dans la rue entre féministes pour déployer nos superbes banderoles, notamment celle qui porte notre devise : « Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours » (phrase de Benoîte Groult), arborer nos masques de chienne (le mien est celui d’une caniche blanche), scander des slogans raillant les machos, et chanter des chansons humoristisques. C’est aussi parler avec des passant-es, en faisant un travail politique et pédagogique : expliquer en quoi une publicité sexiste imposée à tous dans l’espace public est une agression (il nous arrive d’agir de même dans le métro, après avoir taggé des affiches), montrer le danger de laisser se banaliser des images de prostitution, encourager une réaction collective, car « l’union fait la force ». Les Chiennes de garde ont ainsi de nombreux succès à leur actif.

Mettre les rieurs de son côté est déjà une réussite en France où, comme chacun sait, le ridicule tue. Tel fut le cas le 11 janvier 2008 quand nous avons manifesté devant le siège du Nouvel Observateur pour défendre la mémoire de Simone de Beauvoir : c’était le centenaire de sa naissance, et le magazine, longtemps engagé à gauche, avait cru bon de la représenter sur la couverture, nue et de dos. Les fesses (retouchées) d’une philosophe : comment mieux célébrer une pensée féministe dénonçant la femme-objet !
Nous avions préparé des pancartes portant chacune le nom d’un grand philosophe, et demandant à voir ses fesses. Imaginez l’hilarité des passant-es nous voyant brandir « On veut voir les fesses de Sartre » et d’autres grands hommes ! Pour faire bonne mesure, nous avions ajouté : « On veut voir les fesses de Jean Daniel », le dirigeant historique du magazine qui devons-nous le regretter ? ne nous a pas donné satisfaction…

***

Le « Macho de l'année »

Chaque année, La Meute décerne un prix à la publicité la plus sexiste (jusqu'en 2009), et les Chiennes de garde désignent le Macho de l'année, choisi pour une déclaration publique particulièrement sexiste.
Devinez qui est l’auteur de cette phrase, et notre premier lauréat en 2009 :
« Le plus difficile, c'est d'avoir des femmes qui soient formées. Le tout n'est pas d'avoir une jupe, c'est d'avoir quelque chose dans la tête. »
Un ptérodactyle ? Jugez-en : c’est le cardinalal-archevêque de Paris, André Vingt-Trois, interrogé sur une plus grande participation de femmes aux célébrations liturgiques. Féministes laïques, nous entendons dans ses propos la violence arrogante d’un machisme institutionnel qui refuse aux femmes la dignité et l’égalité. Assimiler les femmes au port d’un vêtement traditionnel, la jupe, alors que la bataille des Françaises pour avoir droit au pantalon a duré des siècles !

Mentionner qu’elles doivent avoir « quelque chose dans la tête », si le droit à l’instruction et à la formation n’était pas l’un des plus difficiles à exercer pour les femmes ! Si les deux tiers des analphabètes du monde sont des filles et des femmes, n’est-ce pas parce que le savoir donne accès au pouvoir, et que partout dans le monde le pouvoir se conjugue au masculin ? L’Église catholique en est un parangon, avec sa hiérarchie exclusivement masculine !

La réponse remplie d’excuses et de regrets du cardinal-archevêque à notre lettre lui annonçant son prix nous semble digne de foi : nous imaginons sans peine combien il a dû être désolé d’être le premier « Macho de l'année » des Chiennes de garde !
Le deuxième macho à recevoir le même déshonneur a été en 2010 un dirigeant sportif qui, au sujet d'un différend avec un collègue, avait déclaré : « On peut se parler, se dire les choses. On est des hommes, pas des gonzesses. » Il s’agit de Louis Nicollin, président du club de football de Montpellier, à qui l’obsession de sa virilité a valu en outre le qualificatif imagé de « couillosaure » !

***

Inventives et joyeuses, les féministes !
(ce féminin pluriel embrasse les hommes féministes)

Comment quelques personnes engagées le féminisme n’a jamais été un mouvement de masse pourraient-elles faire entendre leur demande de justice et de respect, alors que les idées reçues machistes sont si fortement ancrées dans les mentalités, depuis les prétendus « besoins sexuels » masculins qui justifieraient la prostitution, jusqu’à l’aptitude « naturellement » féminine à bien faire le ménage !
Quand les méthodes classiques appel à l’intelligence, offre de discussion, raisonnement, témoignage  échouent faute de bonne foi ou de bonne volonté chez l’autre, « une seule solution : autre chose ! » Aucun mouvement social n’a été aussi inventif et joyeux que le féminisme depuis la richesse innovante des slogans des années 70, comme « Travailleurs de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? », jusqu’à l’insolence des jeunes féministes de La Barbe qui, munies de barbes postiches, encouragent des assemblées d’hommes de pouvoir à « résister à la féminisation qui menace notre société » !
Néanmoins aucun mouvement n’a été aussi gravement dénaturé par ses ennemis ; ceux-ci accusent les féministes de vouloir « castrer les hommes » ou « instaurer un matriarcat » : ces attaques grotesques sont la preuve que le fondement du système est en jeu la domination masculine et la notion même de pouvoir sur l’autre.

En moins de deux siècles, le travail persévérant et non-violent des féministes a abouti à réformer en profondeur le droit français dans le sens de l’égalité des sexes. Pensez que jusqu’en 1946 il était légal de procéder à un abattement de 10 % pour « salaire féminin » ! Les dernières inégalités ont disparu… des textes, car il reste un détail à régler : faire appliquer les lois, par exemple celle sur l’égalité des salaires. Au train où changent les mentalités, il faudra encore quelques siècles. D’où l’urgence de continuer à inventer !
La chance de notre époque est qu’il y a transmission et passage de relais entre les générations de féministes, alors que l’ignorance du travail déjà accompli faisait perdre un héritage précieux d’analyses et de stratégies.
Proposer des solutions collectives est l’un des grands apports féministes : par exemple, depuis toujours, des femmes « se débrouillaient » pour mettre fin clandestinement à une grossesse non désirée ; exiger l’avortement « libre et gratuit » a été une rupture, fondée sur l’analyse que « le personnel est politique » et sur la revendication du pouvoir des femmes sur leur propre corps.

Nommer les problèmes, c’est les révéler : en près de deux siècles, depuis la demande du droit de vote jusqu’à la dénonciation de la violence conjugale masculine et du harcèlement sexuel, les féministes ont désigné ce qui était jusque là caché ou passé sous silence, pour le plus grand profit de la domination masculine.

***

Les machos sont des tigres de papier

Et la violence symbolique ? Réclamer avec humour qu’on respecte la dignité des femmes, réagir au sexisme dans les mots (insultes) et les images (publicités) par des manifestations de rue alliant le spectaculaire à la pédagogie, demander des excuses aux insulteurs : telles sont les méthodes des Chiennes de garde qui, en quelques années le mouvement a été lancé le 8 mars 1999 , ont contribué à un certain changement des mentalités en ridiculisant des machos.
L’expression Chiennes de garde, que j’ai formée en traduisant l’anglais watchdog (il ne m’a pas échappé que « chienne » avait aussi un sens sexuel, mais je l’assume !), est passée dans le langage courant avec le sens de « féministes déterminées » et dans un dictionnaire d’anglais avec la traduction « women’s libbers » , le nom ayant l’intérêt de ne laisser personne indifférent ! « Hargneuses », « agressives », nous, qui n’avons jamais mordu personne ? Nous nous contentons d’aboyer en demandant le respect des femmes et de menacer les machos avec de terrrribles « grrrrrrr… » !

En onze ans, les Chiennes de garde ont lancé une quarantaine d’actions de soutien à des femmes insultées publiquement de manière machiste, et autant d’actions contre des publicités sexistes.
Ce fut un travail considérable, dont la plus grande partie est invisible et ingrate ; il est assumé par des bénévoles qui persévèrent dans la stratégie choisie peu d’actions, beaucoup d’explications , alors qu’elles sont constamment tancées sur le mode « que font les Chiennes de garde ? »

Ma réflexion d’historienne et mon action de féministe engagée depuis 1971 m’inspirent trois convictions :
Les machos ne sont forts que de notre faiblesse. Se moquer d’eux peut dégonfler leur suffisance, car leur affirmation trop insistante de leur virilité est suspecte. Résister, dire non à la violence machiste verbale est un premier pas, souvent difficile à faire.
Le système machiste est très puissant, il imprègne les mentalités et répand la violence ; mais le machisme est dépassé, alors que le féminisme représente l’avenir et l’espoir.
Sans égalité des femmes et des hommes, notre démocratie est inaboutie. Pour la parfaire, il faut un partage équitable du pouvoir et des tâches du quotidien.

Nous, féministes, rêvons d’un monde meilleur, plus juste, un monde dans lequel l’utopie républicaine serait réalisée, celle qu’annonce la devise liberté égalité fraternité. Toutefois, pour éviter de laisser les hommes entre eux, ce que semble impliquer le mot « fraternité » (qui se réfère à la fraternité d’armes), j’ai proposé un mot qui intégrerait les femmes : « adelphité », formé sur la racine grecque adelph qui a donné les mots grecs signifiant « sœur » et « frère ».

Liberté égalité adelphité : un nouvel idéal pour un monde de paix, un monde plus serein…

 

                    

Agressives nous ?

Nous, Chiennes de garde, nous gardons une valeur précieuse : la dignité des femmes. Nous montrons les crocs à ceux qui attaquent publiquement une femme, nous donnons l’alerte à pleine voix et nous témoignons notre solidarité à des femmes insultées.

Nous avons la pêche, nous sommes libres de nos mots et de nos mouvements. Agressives ? Après tout, pourquoi pas ? Les femmes sont restées si longtemps sur la défensive : il est temps d’assumer l’agressivité que nous refoulons et de l’exprimer, mais non dans
un sens destructeur. Nous nous affirmons, mais sans avoir besoin de nier l’autre. Nous nous construisons dans le respect de nous-mêmes et de l’autre.

Nous disons NON à la violence machiste.
Nous existons par nous-mêmes, avec notre propre violence, canalisée, alors que les machos n’ont pas encore appris à maîtriser la leur.

Pourquoi donc faudrait-il « tuer » la violence en nous ? Elle se trouve en chaque être humain. Nous avons tous des désirs, des instincts, des révoltes : autant de violences possibles, que nous exprimons,
que nous contrôlons ou que nous refoulons plus ou moins.

A-t-on jamais taxé d’agressivité les membres de la Ligue des droits de l’homme ou les militants d’associations qui luttent contre le racisme
ou contre l’antisémitisme ? Pourquoi un tel tollé quand des femmes osent demander qu’on respecte leur dignité ?
L’agressivité n’est pas chez nous, mais chez les machos !

Nous, Chiennes de garde, nous montrons les crocs, pour impressionner les machos, pour nous faire respecter, pour défendre des femmes insultées.

ATTENTION ! Grrrrrrrrrrr… ! Nous pourrions faire mal si nous étions très en colère, si nous ne nous contrôlions plus. Imaginez qu’il existe des Chiennes enragées, très dangereuses.

Imaginez qu’elles soient dirigées par une terrrrible cheffe de meute, qui décide de s’attaquer aux machos criminels, ceux qui battent, qui violent, qui tuent des femmes, des faibles. Imaginez qu’elle lance son horrrrible cri de guerre : « Sus aux machos !
Lâchez les Chiennes ! Ksssss kssss ! Mordez-les ! Pas de quartier ! »

STOP ! C’était un cauchemar. Revenons aux Chiennes de garde, si pacifiques ! Ouf ! Nous ne sommes pas des Chiennes méchantes, mais nous ne sommes pas non plus de braves chiennes bien gentilles, qu’on fait rentrer à la niche avec un susucre. Nous disons :
« J’aboie, donc je suis… féministe et solidaire. »
Et attention, les machos !


              
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