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Le masculinisme de « La domination masculine » de Bourdieu

mardi 4 mai 2004

par 
léo thiers-vidal


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par léo thiers-vidal
léo thiers-vidal travaille sur une thèse en philosophie/sociologie sur le féminisme matérialiste et ses conséquences épistémologiques pour les hommes désirant travailler de façon critique sur les rapports sociaux de sexe. Blanc, hétérosexuel, 32 ans, il a grandi dans une famille chrétienne de classe sociale favorisée en Belgique. Il s’est impliqué dans le mouvement anarchiste en Belgique et en France sur les questions de squat, d’anti-spécisme, de lutte environnementale et de féminisme radical jusqu’en 1998. Exclu en mai 1999 avec 4 autres personnes de la librairie libertaire La Gryffe pour « remise en cause du sexisme libertaire », il a poursuivi son engagement de terrain auprès de femmes et d’enfants victimes d’inceste paternel et a contribué à « Mères en Lutte », une association d’auto-support avec et pour des mères concernées. Il a également travaillé à Cabiria, une association de santé communautaire avec et pour les personnes prostituées. Il s’implique aujourd’hui dans la lutte contre le harcèlement sexuel, en particulier dans les milieux dits de « gauche » ou « proféministe », et vit à Lyon.

L’objet de cette intervention est de présenter quelques aspects problématiques de l’analyse produite par Bourdieu dans son livre « La domination masculine », qui pourraient servir de guide de vigilance pour les hommes désirant travailler sur la question du genre. Le dénominateur commun de ces aspects pourrait être qualifié de « masculinisme ». Introduit en France par la philosophe féministe Michèle Le Doeuff, celle-ci l’a définie de la façon suivante :

« ce particularisme, qui non seulement n’envisage que l’histoire ou la vie sociale des hommes, mais encore double cette limitation d’une affirmation (il n’y a qu’eux qui comptent, et leur point de vue) » (1989 p.55).

Ou avec les propres mots de Bourdieu :

« Le propre des dominants est d’être en mesure de faire reconnaître leur manière d’être particulière comme universelle » (p.69).

Deux citations [1], extraites d’un article de la linguiste féministe Claire Michard (1987 p.137) peuvent aider à rendre concret cette définition :

« Le village entier partit le lendemain dans une trentaine de pirogues, nous laissant seuls avec les femmes et les enfants dans les maisons abandonnées » (Claude Lévi-Strauss)

« Encore aujourd’hui une des raisons pour lesquelles les adolescents des classes populaires veulent quitter l’école et entrer au travail très tôt, est le désir d’accéder le plus vite possible au statut d’adulte et aux capacités économiques qui lui sont associées : avoir de l’argent, c’est très important pour s’affirmer vis-à-vis de copains et avec les filles, donc pour être reconnu et se reconnaître comme “un homme” » (Pierre Bourdieu)

J’utiliserai pour ma part la notion de masculinisme de la façon suivante :

« le masculinisme consiste à produire ou reproduire des pratiques d’oppression envers les femmes - quel que soit le domaine d’action - et ce à partir de la masculinité, la position vécue de domination selon l’axe de genre ».

En quoi consisterait ce masculinisme théorique à la Bourdieu ? Quelques éléments à partir de l’excellente analyse effectuée par Nicole-Claude Mathieu dans « Bourdieu ou le pouvoir auto-hypnotique de la domination masculine » (1999).

1. Ignorance, méconnaissance, déformation, sélection, citation erronée [2] d’analyses féministes sur le sujet.

Bourdieu, entre autre, ignore le travail théorique fondateur effectué par des théoriciennes féministes francophones [3], telles que Christine Delphy, Colette Guillaumin, Paola Tabet, Nicole-Claude Mathieu ou Monique Wittig, dont il semble considérer l’approche théorique comme relevant d’un « matérialisme primaire ». Ces théoriciennes ont pourtant contribué de façon centrale à rendre possible une analyse critique innovante des rapports sociaux de sexe. Selon l’anthropologue Nicole-Claude Mathieu, ce qui motive ce traitement c’est probablement le fait que ces théoriciennes

« ne se cachent pas d’être féministes » (1999 p.291)

et pourrait donc être analysé comme relevant d’un l’anti-féminisme sélectif. Selon la philosophe Françoise Armengaud, il s’agit d’

« un coup sciemment porté aux tendances les plus sociologiques de la recherche féministe et les plus radicales du mouvement des femmes » (in Mathieu, 1999 p. 293).

Cette pratique n’est pas propre à Bourdieu, elle caractérise à mon avis bon nombre de travaux produits par les membres du groupe dominant dont les écrits témoignent de leur ambiguïté profonde à l’égard du féminisme, en particulier le féminisme matérialiste et radical. Elle ne se limite pas à rendre invisible les études féministes, donc le travail des féministes, donc des femmes (ce qui relève du sexisme classique), mais consiste globalement à refuser de prendre en compte réellement et honnêtement le travail théorique effectué par les femmes, en particulier lorsque celles-ci s’inscrivent dans une démarche féministe. Elle s’apparente à la dynamique politique d’exploitation domestique des femmes dans la mesure où ces auteurs masculins approprient sélectivement les savoirs produits par les femmes, en modifient le sens et la portée politique afin de les redéployer selon un propre ordre du jour, en bénéficiant des retombées positives - symboliques et matérielles - de leurs productions et en omettant de rendre visible le travail de ces femmes. Selon Nicole-Claude Mathieu :

« on peut se demander s’il ne s’agit pas [...] d’une démonstration particulièrement voyante de la domination masculine, qui redouble l’oppression des femmes par la suppression ou la distorsion de leurs expériences et de leurs analyses » (1999 p.298).

2. Méconnaissance des enjeux violents de la réalité genrée et de ses rapports de force.

Bourdieu privilégie dans son livre l’analyse de la dimension symbolique de la domination masculine. En soi, cela n’est pas un problème, sauf qu’il ne l’annonce pas explicitement, en particulier dans le titre, et que tout laisse à penser qu’il semble toujours considérer - comme dans son article de 1990 - que cette dimension symbolique « fait l’essentiel de la domination masculine ». En témoigne cette affirmation : « la position particulière des femmes sur le marché des biens symboliques explique l’essentiel des dispositions féminines » (p.106).

Il évacue de cette façon ce qui a fait l’objet de la majorité des analyses féministes et qui est essentiel à une compréhension adéquate des rapports sociaux de sexe, en particulier sa dimension symbolique : l’analyse des aspects matériels centraux de l’oppression des femmes par les hommes tels que l’exploitation domestique des femmes (Delphy) donc leur exclusion de la vie publique ; l’appropriation masculine des outils complexes, des armes et de la violence (Tabet) ; l’appropriation donc l’exploitation sexuelle des femmes (Guillaumin, Tabet) ; le monopole masculin sur la production de savoir et son déploiement masculiniste (Le Doeuff, Mathieu) ; l’organisation hétérosexuelle des rapports humains (Wittig) ; ... . En méconnaissant la dimension matérielle [4], Bourdieu pense, à mon avis, mal le lien entre dimension matérielle et symbolique, ce qui l’amène à faire peser le poids politique sur les femmes, sur ce qu’elles devraient faire ou ne pas faire pour éviter la continuation de la violence symbolique et non sur les hommes, qui disposent pourtant d’une bien plus grande marge de manœuvre symbolique et matérielle pour agir sur les rapports sociaux de sexe.

De nouveau, Bourdieu n’a pas le monopole sur cette pratique. Bon nombre de membres du groupe dominant travaillant sur ce sujet ignorent, minimalisent, sous-estiment le poids des pratiques matérielles oppressives sur le vécu des femmes, et échouent ainsi à penser les dimensions matérielles et symboliques des rapports sociaux de sexe, et leur interaction. La démarche critique de ces hommes consiste paradoxalement, et je cite les sociologues féministes Huguette Dagenais et Anne-Marie Devreux, à

« [éviter] de se confronter au rapport avec l’autre sexe et à la réalité de ce rapport » (1998 p.11).

Or ce geste d’évitement permet à ces auteurs de faire au moins une double économie psycho-politique : celle qui consiste à ne pas reconnaître pleinement les violences structurelles et individuelles que les pairs masculins infligent aux femmes ; celle qui consiste à ne pas quitter une approche avant tout intellectuelle des rapports sociaux de sexe au bénéfice d’une approche intégrant intellect et affect de façon non-biaisée, c’est-à-dire en ne privilégiant pas les affects des hommes sur ceux des femmes. En effectuant ce geste d’évitement, ces hommes nourrissent également leur identification positive et leur attachement à la masculinité.

3. Vision euphémique, dépolitisée et symétrisée des rapports sociaux de sexe.

Assez logiquement, lorsqu’on méconnaît la dimension matérielle des rapports sociaux de sexe, on en arrive à décrire les raisons de l’existence et de la continuation de l’oppression des femmes par les hommes, comme ne relevant pas avant tout d’actes violents concrets, s’inscrivant dans une structure sociale hiérarchisé. Actes de la part des hommes, motivés par le maintien de bénéfices matériels et symboliques, conscients [5] de leur position vécue de domination vis-à-vis des femmes et s’appuyant sur une expertise politique genrée élaborée à travers les différentes expériences vécues. Il est donc logique, lorsqu’on développe une vision aussi désincarnée des rapports sociaux de sexe, de mettre l’accent sur une incorporation « comme par magie », « comme par enchantement », « en deçà de la conscience et de la volonté » du principe androcentrique institué dans l’ordre des choses - plutôt que sur la prédominance des violences masculines, symboliques, matérielles et physiques. De façon comparable on mettra l’accent, et je cite Bourdieu, sur :

« Le pouvoir symbolique ne peut s’exercer sans la contribution de ceux qui le subissent et qui ne le subissent que parce qu’ils le construisent comme tel » (p.46),

c’est-à-dire sur la responsabilité, l’adhésion ou le consentement des membres du groupe dominé vis-à-vis de leur oppression. En effet, seule la prise en compte de l’influence de la dimension matérielle sur la dimension symbolique permet d’envisager comme question principale la participation des hommes à l’oppression des femmes et non celles des femmes à leur propre oppression. Et Bourdieu de poser ensuite :

« les victimes de la domination symbolique peuvent accomplir avec bonheur (au double sens) les tâches subalternes ou subordonnées [...] » (p.64)

Cette vision désincarnée [6], qui ne pense pas les rapports violents agis par les hommes concrets et leurs effets sur les femmes concrètes, mène alors logiquement à une vision symétrisée des rapports sociaux de sexe ou hommes et femmes sont, et je cite Nicole-Claude Mathieu, « quoique différemment quand même, dominées par la domination ». En effet, Bourdieu semble penser le lien entre structure genrée et position vécue de façon relativement symétrique :

« Si les femmes, soumises à un travail de socialisation qui tend à les diminuer, à les nier, font l’apprentissage des vertus négatives d’abnégation, de résignation et de silence, les hommes sont aussi prisonniers, et sournoisement victimes, de la représentation dominante » (p.55)

4. Victimisation et déresponsabilisation des hommes

Cela nous permet de pointer un quatrième aspect du masculinisme théorique de Bourdieu, mais qui caractérise également bon nombre des écrits à ce sujet de la part de membres du groupe dominant : la victimisation et la déresponsabilisation [7] des hommes. Selon Bourdieu, le privilège masculin serait également un piège imposant à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. Ce devoir de

« virilité entendue comme la capacité reproductive, sexuelle et sociale mais aussi l’aptitude au combat et à l’exercice de la violence est avant tout une charge » (p.57),

celle d’être toujours à la recherche d’accroître son honneur dans la sphère publique. La virilité deviendrait ainsi un idéal impossible, « le principe d’une immense vulnérabilité ». Les dominants seraient donc « obligés » d’appliquer à leur corps, leur être et leurs actes les schèmes de l’inconscient engendrant « de formidables exigences » (p.76). L’expérience masculine de la domination et ses contradictions serait alors à décrire comme

« une sorte d’effort désespéré, et assez pathétique (...) que tout homme doit faire pour être à la hauteur de son idée enfantine de l’homme » (p.76).

L’homme est selon Bourdieu, « gouverné », « dirigé », « guidé » par l’honneur, qui serait « une force supérieure ».

Outre la charge affective forte marquant ces descriptions du vécu masculin [8] - charge dont ses descriptions du vécu féminin sont dénuées, ce qui est révélateur d’un androcentrisme affectif - il est à noter que Bourdieu se sert - de façon peu cohérente d’ailleurs [9] - de la distinction entre virilité et masculinité, de telle façon à concentrer dans la virilité ce qui serait source de domination des femmes, et source d’aliénation des hommes (on note de nouveau la vision symétrique), lui permettant de maintenir la masculinité comme positive. Or, de cette façon, il ignore de nouveau les apports des analyses féministes matérialistes qui pensent les rapports sociaux de sexe comme relevant d’une construction sociale de la domination, où le genre précède le sexe, c’est-à-dire où les pratiques d’oppression produisent l’hiérarchisation qui elle-même donne lieu à la division en masculin et féminin. Comme l’indique la sociologue féministe Christine Delphy :

« le masculin et le féminin sont les créations culturelles d’une société fondée, entre autres hiérarchies, sur une hiérarchie de genre » (1991 p.98).

Et si nous voulons penser une société débarrassée de l’oppression des femmes par les hommes, il faut, selon Delphy, être capable de penser le non-genre. C’est-à-dire, pour revenir à Bourdieu, qu’il ne s’agit pas tant de sauvegarder la masculinité en la distinguant de la virilité, mais bien de tenter de penser l’abolition même de la masculinité en tant que subjectivité et pratique d’oppression.

Note épistémologique finale

Pour finir, Bourdieu semble refuser toute considération de l’influence des circonstances historiques-matérielles sur la façon dont les hommes pensent les rapports sociaux de sexe et c’est là, à mon avis, la clef principale de compréhension de son masculinisme théorique. Il considère l’idée féministe selon laquelle être un homme, ne pas vivre l’expérience des femmes, serait un obstacle à l’analyse scientifique comme une manière d’

“importer dans le champ scientifique la défense politique des particularismes qui autorise le soupçon a priori, et mettre en question l’universalisme qui, à travers notamment le droit d’accès de tous à tous les objets, est un des fondements de la République des sciences” (p.123) [10].

On retrouve dans cet argument une logique bien masculine d’appropriation, de droit d’accès qui rappelle le droit d’accès sexuel et d’appropriation des hommes à toutes les femmes ; de plus, il ne s’agit pas tant de droit d’accès mais des modalités et des possibilités d’accès à un objet de savoir. En revanche, et cela témoigne de nouveau du masculinisme théorique de Bourdieu, il semble défendre une vision épistémologique opposée lorsqu’il aborde la place des homosexuels dans la recherche [11] puisqu’il affirme alors :

“les homosexuels sont particulièrement armés pour (...) réaliser [le travail de destruction et de construction symbolique visant à imposer de nouvelles catégories de perception et d’appréciation] et ils peuvent mettre au service de l’universalisme, notamment dans les luttes subversives, les avantages liés au particularisme” (1998 p.134). [12]

Il me semble en effet que le point de départ de toute analyse des rapports sociaux de sexe à partir d’une position vécue masculine devrait consister à prendre pleinement conscience des implications épistémologiques, psychologiques et affectives du fait d’être présent au monde à partir d’une position sociopolitique particulière, celle de dominant selon l’axe de genre (et de sexualité). Ou, avec les propres mots de Bourdieu [13] - lorsqu’il critique Nicole-Claude Mathieu et qu’il parle des femmes et de leurs limitations et incapacités - il s’agit de pousser « jusqu’au bout l’analyse des limitations et des possibilités de pensée et d’action » (p.47), mais cette fois-ci propres au vécu matériel et symbolique masculin.


Du même auteur, sur : antipatriarcat.org

De la masculinité à l’anti-masculinisme : Penser les rapports sociaux de sexe à partir d’une position sociale oppressive


Bibliographie de la communication et pistes de lecture

Bourdieu, Pierre (1998), La domination masculine, Paris : Seuil.

Dagenais, Huguette et Anne-Marie Devreux (1998), « Les hommes, les rapports sociaux de sexe et le féminisme : des avancées sous le signe de l’ambiguïté ». Nouvelles Questions Féministes, 19 (2-3-4), 1-22.

Delphy, Christine (1991), « Penser le genre : quels problèmes ? », in Marie-Claude Hurtig, Michèle Kail et Hélène Rouch (dir.), Sexe et genre. De la hiérarchie entre les sexes, Paris, Ed. CNRS, pp. 89-101.

Delphy, Christine (1998). L’ennemi principal. I. Economie politique du patriarcat. Paris : Syllepse.

Delphy, Christine (2001). L’ennemi principal. II. Penser le genre. Paris : Syllepse.

Guillaumin, Colette (1992). Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature. Paris : Côté-Femmes.

Hartsock, Nancy (1998). The feminist standpoint revisited & other essays. Westview : Oxford.

Le Doeuff, Michèle (1989). L’étude et le rouet. 1. Des femmes, de la philosophie, etc. Paris : Seuil.

Le Doeuff, Michèle (1998). Le sexe du savoir. Paris : Flammarion.

Mathieu, Nicole-Claude (1991). L’anatomie politique. Catégories et idéologies du sexe. Paris : Côté-Femmes.

Mathieu, Nicole-Claude (1999), « Bourdieu ou le pouvoir auto-hypnotique de la domination masculine », Les Temps Modernes, n° 604, pp. 286-324.

Michard, Claire (1988), « Les valeurs sémantiques ’humain’ et ’humain mâle’ », in Catherine Fuchs (dir.), L’ambiguïté et la paraphrase, Centre de publications de l’université de Caen, 1988, 135-138.

Michard, Claire (1982) Sexisme et sciences humaines : pratique linguistique du rapport de sexage (en collab. avec Claudine Ribéry). Lille : Presses universitaires de Lille.

Michard, Claire (2002) Le Sexe en linguistique : sémantique ou zoologie ? 1, Les analyses du genre lexical et grammatical des années 1920 aux années 1970. Paris : L’Harmattan.

Pheterson, Gail (2001), Le prisme de la prostitution, Paris : L’Harmattan.

Tabet Paola (1987), « Du don au tarif. Les relation sexuelles impliquant une compensation », Les Temps Modernes, n°490, pp. 1-53.

Tabet Paola (1991), « Les dents de la prostituée : échange, négociation, choix dans les rapports économico-sexuels », in Marie-Claude Hurtig, Michèle Kail et Hélène Rouch (dir.), Sexe et genre. De la hiérarchie entre les sexes, Paris, Ed. CNRS, pp. 227-244.

Tabet, Paola (1998). La construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps. Paris : L’Harmattan.

Tabet, Paola (2001), « La grande arnaque. L’expropriation de la sexualité des femmes », Actuel Marx, n° 30, pp. 131-152

Wittig, Monique (2001). La Pensée Straight. Paris : Balland.


[1] Je remercie Catherine Kerbrat-Orecchioni, prof. en sciences du langage à Lyon 2 et l’IUFM, d’avoir attiré l’attention sur ces citations lors de la journée d’étude « Pour l’usage d’une langue non sexiste dans la communication administrative à l’université » (28/04/04, ISH, Centre Louise Labé), et de m’avoir communiqué ces références bibliographiques.

[2] Par ex. il confond Jeanne Favret-Saada avec Nicole-Claude Mathieu, les femmes seraient-elles interchangeables ? (p.46)

[3] Il est à noter qu’il préfère citer les chercheures féministes loin de lui, de préférence anglo-américaines, plutôt que celles vivant et travaillant dans la même ville, le même pays que lui.

[4] Bourdieu tente de dissiper cette critique (p.40), pourtant ce geste explicatif me semble de nouveau très représentatif des écrits masculins, développant des thèses souvent contradictoires avec les recherches féministes tout en expliquant en quelques mots, paragraphes qu’il ne s’agirait là que d’une mauvaise interprétation de leurs analyses, de la part de femmes voulant « monopoliser » ce domaine d’étude.

[5] Bourdieu affirme à plusieurs reprises qu’il ne s’agit pas de stratégies conscientes, délibérées contrairement à ce que démontrent pas mal d’études féministes, notamment celle en matière de violences physiques et symboliques

[6] « Les divisions constitutives de l’ordre social, et plus précisément les rapports sociaux de domination et d’exploitation qui sont institués entre les genres.... ». Où est passé le sujet, l’agent ?

[7] « Les dispositions qui inclinent les hommes à abandonner... » (p.39)

[8] La seule exception où Bourdieu n’est pas dans l’euphémisme, et parle de « tuer, torturer, violer, volonté de domination, d’exploitation ou d’oppression » c’est pour l’expliquer par « la crainte « virile » de s’exclure du monde des « hommes » sans faiblesse de ceux que l’on appelle parfois des « durs » parce qu’ils sont durs pour leur propre souffrance et surtout pour la souffrance des autres - assassins, tortionnaires et petit chefs de toutes les dictatures... » (p.58). Soit, en remettant l’accent sur le vécu affectif masculin et en situant ces violences loin de la sphère domestique... .

[9] Quelques extraits reflétant l’absence d’usage cohérent de ces deux notions : « homme viril et femme féminine » (p.29) ; « habitus viril donc non-féminin, ou féminin donc non masculin » (p.30) ; la circoncision, rite d’institution de la masculinité par excellence, entre ceux dont elle consacre la virilité tout en les préparant symboliquement à l’exercer » (p.31) ; « émanciper le garçon par rapport à s amère et d’assurer sa masculinisation progressive » (p.31) ; « la série des rites d’institution sexuels orientés vers la virilisation » (p.31) ; « l’intention objective de nier la part féminine du masculin » (p.32) ; « le travail de virilisation (ou de déféminisation) » (32) ; « actes virils de défloration » (p.32) ; le travail constant de différenciation [...] qui les porte à se distinguer en se masculinisant ou en se féminisant » (p.92) ; « la violence virile apaisée » (p.117).

[10] Pourtant, il affirme lui-même que « les dominés, notamment les femmes » déploient « une perspicacité particulière » propre à leur position vécue (p.37).

[11] Je remercie Françoise Guillemaut, doctorante féministe en sociologie à l’Université Toulouse-Le Mirail de m’avoir signalé cette contradiction

[12] Confirmé cette fois-ci : « les homosexuels comprennent mieux le point de vue des dominants que ces derniers ne peuvent comprendre le leur » (p.37). L’usage du verbe ‘pouvoir’ renvoie bien à la capacité même, liée à la position vécue.

[13] Bourdieu semble se penser non seulement comme dans un ailleurs des rapports sociaux de sexe, cf. « la relation d’extériorité dans la sympathie où je me trouvais placé » mais que cet ailleurs lui permet en plus « d’orienter autrement et la recherche et l’action sur les rapports de genre ».



     


 
   


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