g[Chiennes de garde] Des nouvelles du masculinisme


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Des nouvelles du masculinisme

vendredi 27 février 2004

par 
Mathieu


Des ennemis déclarés des féministes, fervents défenseurs de la domination masculine et peu regardants sur les arguments, se retrouvent sous le terme "masculinisme".




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par Mathieu

Le "masculinisme", ça sonne bien n’est-ce pas, c’est un décalque de "féminisme" et en cela on pourrait croire que ce serait la légion masculine oeuvrant dans le même sens que les féministes. Hélas, ce sont au contraire des réactionnaires bon teint prêts à beaucoup pour défendre leurs privilèges et valoriser la domination masculine.

Un article de Natou faisait déjà il y a quelques temps un tableau de l’action des masculinistes sur les réseaux de discussion internet. On trouvera également ci-dessous des références sur les agissements de ces personnes peu fréquentables.

A l’origine du présent article, ma lecture de forums de discussion très fréquentés et très lus, sur les sites des quotidiens français Le Monde et Libération. Mêmes arguments, même phraséologie, et probablement mêmes personnes ou mêmes réseaux.

Les thèmes favoris des masculinistes sont : la circoncision, les hommes battus, la consommation médicale des femmes, et plus généralement ce qu’ils désignent comme des privilèges féminins (quand les femmes ont des droits ils ont tendance à appeler ça un "privilège", c’est une langue à part le masculinisme, c’est assez spécial). On peut supposer que plus il y aura de Français dans leurs rangs et plus l’accès aux fonctions politiques fera partie de cette liste ; ainsi que la garde des enfants (que seuls 17% des pères qui divorcent demandent, et obtiennent la plupart du temps). On peut lire sur le site de SOS Papa : " Indice de la parité hommes/Femmes en France : 12,3 % de femmes députées, 8,6 % d’hommes ayant la résidence des enfants : 21 femmes députées en trop ?" (NB : "SOS PAPA a participé à plus de 40 émissions télévisées et obtenu 700 articles de presse ces 5 dernières années."). Voilà pour les plus violents, les moins fins et les plus revendiqués.

On pourrait botter en touche, se dire qu’une bande de mabouls tourne en rond dans son coin et qu’ils ne sont pas dangereux. Pas certain. En réalité des discours "autorisés" les rejoignent directement. Ce sont tous ceux et celles qui brandissent le "désir" dès qu’on essaie de lutter contre les violences sexistes et contre les viols. Le thème du désir est très prisé des auteurs français, hommes et femmes. Il charrie son lot de sous-entendus et de pré-notions. On comprend, en décortiquant, qu’il s’agit d’un désir unilatéral et masculin, et qu’il est légitime. tout est vu du point de vue d’un agresseur masculin, jamais les sentiments, ni le DéSIR de la victime ne sont pris en compte. Par des procédés rhétoriques, on nous parle d’un désir masculin prédateur à préserver comme tel, en le faisant passer pour une réflexion générale. C’est une manipulation. Mais elle passe d’autant plus inaperçue qu’elle est le fait de personnalités d’horizons assez divers, et singulièrement des personnes perçues comme de gauche. Michel Schneider, Odon Vallet, ont déjà été commentés dans nos pages. De même Elisabeth Badinter. Identifiés à gauche, comme Badinter, on trouve Mona Ozouf, Marcela Iacub et Patrice Maniglier, Bedos, Cavanna... La thématique du désir permet de ratisser large et de se rallier des gens bien intentionnés qui se trouvent faire le jeu du masculinisme sans forcément le souhaiter.

La France n’a jamais su résister au mirage selon lequel être de gauche reviendrait automatiquement à être insoupçonnable de sexisme. Comme un vaccin. Pourtant la contraception (1967) et le droit à l’avortement (1974) ont été votés par la droite, de même la refonte de la législation sur le viol de 1980, tandis qu’en 1983 le gouvernement de gauche, après avoir voté une loi sur l’égalité professionelle, a refusé d’inscrire à l’ordre du jour le projet de loi antisexiste d’Yvette Roudy. Pas de quoi pavoiser, et si c’est à nouveau la gauche qui a porté la revendication de parité (2000), elle a pu être adoptée grâce aux voix de droite. Bref, on aurait tort de penser d’emblée en termes de droite et de gauche en matière de féminisme, sinon on passe à côté de beaucoup de choses.

Champs de bataille et enjeux des masculinistes ? La dénonciation calomnieuse, qui frappe automatiquement les victimes de viol dont l’agresseur ne peut être prouvé coupable, montre assez bien ce que peuvent donner des victoires masculinistes. La tentative répétée de créer un délit d’IVG (récemment par la loi sur la sécurité routière) révèle tout ce que la menace masculiniste a de sérieux, de réel, et d’actuel. La législation française renvoie de plus en plus les femmes au foyer, prive les intermittentes enceintes de leur droit aux allocations chômage, et des personnalités politiques de premier plan ont évoqué la réouverture des maisons closes. Le Garde des sceaux, D. Perben, n’a pas hésité non plus à critiquer le nombre important de femmes dans la magistrature. Autre exemple, traité plus en détail sur ce site, la loi sur l’autorité parentale. C’est aujourd’hui et maintenant que ça se passe.

Première étape des masculinistes : mettre au même niveau que le sexisme subi par les femmes des inégalités dont les hommes seraient victimes (en n’hésitant pas à manipuler ou à mentir). Deuxième étape : nier les violences sexistes subies par les femmes. Troisième étape : demander des mesures qui renforcent la domination masculine, protègent les agresseurs, ou attentent aux droits des femmes.

Un certain nombre d’intellectuels font le jeu de la 1e et la 2e étape. Gageons qu’ils ouvriront les yeux avant la 3e. Le "backlash" c’est ça, et c’est maintenant, cette offensive de tous côtés contre l’égalité, contre les droits des femmes, et accessoirement contre le féminisme qui défend cette égalité.


http://www.cybersolidaires.org/docs/masc.html
http://sisyphe.org/article.php3 ?id_article=398
Susan Faludi, Backlash, éditions Des femmes, 1991
http://sisyphe.org/article.php3 ?id_article=703