g[Chiennes de garde] Ça n’a pas tant changé...


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Ça n’a pas tant changé...

jeudi 27 juin 2002

par 
Marie Despelchain


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Cinquante-trois ans après la publication d’une oeuvre phare de l’Histoire féminine, Le Deuxième Sexe, force est de constater que les problèmes de la condition féminine sont pour certains toujours présents. Certes les femmes sont entendues, écoutées, considérées pour leurs idées (presque) au même titre que les hommes, mais de fortes inégalités subsistent.

M’intéressant depuis peu à la question, je ne puis prétendre connaître parfaitement la place de la femme dans la société : seule l’observation du quotidien me renseigne à ce propos.

Malheureusement, en y prêtant attention, je me rends compte que les femmes et les hommes (puisque, comme l’écrit Simone De Beauvoir "toute l’histoire des femmes a été faîte par les hommes") ont encore de nombreux pas à franchir avant d’abolir ces inqualifiables injustices. En effet, je me demande comment est-il possible d’entendre des mots tels que "salope", "pétasse" sur notre passage, même vêtues des habits les plus simples. Et quand bien même ces tenues ne le seraient pas, pourquoi devrions-nous nous heurter à la barrière de certains hommes pour porter seulement ce qui nous plaît  ? ? Ces faits sont donc la preuve que les machos rencontrés par les femmes sur leur route ne jugent ni les idées, ni même le comportement de celles-ci, mais insultent leur Être, celui-là même qui fait d’elles qu’elles sont blanches, noires, petites, ou grandes. Sauf que là, ces paroles ne choquent pas. Si le mesquin s’adressait à une femme à propos de sa couleur de peau, il serait, à juste titre, interpellé, dénoncé, voire puni. Pour s’en prendre à son sexe, il n’en est fichtrement rien.

Biensûr, je ne fais que répéter un discours maintes fois entendu, mais à mon sens jamais suffisamment écouté.

Par ailleurs, à l’approche des vacances, ces questions me viennent encore plus régulièrement à l’esprit. Alors, lorsque, entre quelques heures de bachotage, j’émets l’hypothèse de passer quelques jours de vacances avec une amie, pourquoi dois-je essuyer un refus de la part de mes parents si je ne suis pas accompagnée, ne serait-ce que d’un individu du sexe opposé ? Pourquoi en 2002 doit-on encore prendre garde à ne pas rentrer trop tard chez soi, à ne pas être seule simplement par crainte d’une mauvaise rencontre, voire même dans certains cas par crainte d’une mauvaise visite, si nous sommes jeune fille ou femme ? Il s’agit à mon avis ni plus ni moins d’une atteinte à la liberté, la liberté des femmes, celle-là même qu’elles n’ont pas fini de conquérir et pour laquelle il convient de se battre.

En 1949, quand Simone De Beauvoir publie Le Deuxième Sexe où elle écrit "Mais la période que nous traversons est une période de transition", qui aurait pu imaginer que, plus d’un-demi siècle après, cette ère ne soit pas révolue ? Il est nécessaire de rappeler que l’entreprise des femmes pour arriver à une égalité parfaite avec "le sexe fort" comme l’appellent certains, est un travail de longue haleine, et qu’il a déjà nettement avancé. Néanmoins, les différences qui subsistent, aussi minimes qu’elles puissent être, sont pures et simples injustices.

Mais j’ai foi en le courage et la mobilisation des femmes pour que disparaissent les maux dont nous avons toutes souffert, et dont nous souffrons encore à plus ou moins grande échelle. Les femmes ont prouvé qu’elles savaient se battre pour défendre la cause des Noirs, des Juifs, des Indiens, elles montrent aujourd’hui qu’elles sont capables de faire de même pour leur propre cause.

Marie Despelchain.