Ségolène Royal : quand socialo rime avec macho : 2

samedi 1er octobre 2005

par Yanne

 

Branle-bas (très bas) dans le landerneau socialiste : une femme, une épouse, de surcroît une mère, ose prétendre à l’investiture de son parti politique en vue des présidentielles. Les vieux réflexes machistes vont bon train et les stéréotypes sexistes alimentent les pires réactions masculines. Elle bénéficie d’un physique avenant ? « Ce n’est pas un concours de beauté ! » dit l’un de ses "camarades", Jean Luc Mélenchon, la ramenant tout entière à une apparence futile. Elle est mère de famille ? : « Qui gardera les enfants ? » questionne Laurent Fabius. Elle est ambitieuse ? quelques caciques du PS semblent mortifiés qu’une femelle envisage de s’aventurer dans la jungle des egos éligibles, sur les brisées des candidats pressentis.

Un journaliste de France Info demande à la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes "si elle sollicitera l’autorisation de François avant de se présenter".

(rappelons que depuis 1966 les femmes peuvent exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari.)

D’autres hommes éclairés comme Stéphane Rozès, de l’institut de sondages CSA ou François Miquet-Marty, de Louis-Harris, avancent doctement qu’elle n’a de compétences que dans le domaine du social, mais que jamais on ne pourrait lui confier la responsabilité du sociétal, de l’économie budgétaire nationale ou de la politique internationale. Domaines, bien sûr, réservés aux vrais hommes, ceux qui en ont et qui savent gouverner le monde.

Voilà une femme futile, arriviste, mère indigne, soumise à la loi patriarcale et.. piètre politique. On ne va pas tarder à entendre « qu’elle a couché pour réussir » : manque de pot, si son compagnon est aussi secrétaire du parti, sa fonction est bien postérieure aux mandats politiques de Madame.

On se souvient, entre autres, de la curée jouissive massacrant Madame Cresson, des insultes sexistes envers Madame Guigou et des grossièretés machistes et menaces de mort envers madame Voynet : nous avions à l’époque défendu ces femmes publiques insultées dans l’exercice de leur fonction politique, non pas pour leurs actions mais simplement pour avoir eu la malchance de naître femmes. Nos réactions médiatisées semblaient avoir fait reculer le machisme virulent dans le monde patriarcal politique. Certaines aussi, ont bravement surmonté les violences verbales à connotation sexuelle, les menaces, les propos méprisants et sexistes, les coups bas, avalant maintes couleuvres et préférant ignorer l’ignominie ou détourner les phrases assassines par un « sens de l’humour à toute épreuve » !

A toute épreuve en effet ! Bien sûr, face à leurs propos, les auteurs de ces réflexions en appellent au sens de l’humour ! Pour autant de telles insultes ou assertions sexistes ne seraient en rien humoristiques si elles rabaissaient une personne, non plus en raison de son sexe, mais en raison de son origine ou de sa couleur de peau.

_ « Ce n’est pas un concours de beauté » : humour, mais « ce n’est pas un concours de raï » : racisme.
« Qui va s’occuper des enfants ? » : humour, mais « remonte dans ton cocotier ! » : racisme !

Le racisme c’est mal, c’est « out », le sexisme c’est fun, c’est « in » ...

Sans aucun parti pris envers une obédience politique quelle qu’elle soit, nous réaffirmons notre soutien à toute femme insultée, discriminée, méprisée, moquée, en raison de son sexe, en particulier dans le cadre de sa fonction et principalement dans l’espace public ; Nous rappelons à ceux qui seraient tentés de déraper plus ouvertement dans le machisme, que les insultes à caractère sexiste tombent désormais sous le coup de la loi, grâce aux amendements que l’ensemble des associations féministes et anti-homophobes ont obtenus en décembre 2004.

Nous demandons aux hommes politiques auteurs de ces propos sexistes de présenter leurs excuses à Madame Royal et engageons la classe politique masculine dans son ensemble à respecter ses engagements républicains d’égalité et de non-sexisme envers ses adversaires féminines, comme elle s’engage à le faire, nous n’en doutons pas, envers ses électrices .