Extrait de la lettre de Benoîte Groult à Frédéric Mitterrand

« J’ai été très surprise que vous apportiez votre soutien à Orelsan. Quelqu’un qui peut écrire : “Je te mettrai enceinte et puis je t’avorterai avec mon Opinel” ne mérite le soutien d’aucun homme et d’aucune femme, quelles que soient ses qualités poétiques ou musicales. Qu’il ne soit pas interdit, très bien. Mais qu’il ait le soutien d’un homme comme vous, dans la position symbolique où vous êtes, me semble attristant et grave.

Je suis féministe, vous le savez, mais il suffit d’être une femme et d’avoir dû avorter avant la loi Veil pour que les paroles d’Orelsan soient intolérables. »

20 août 2009

 

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Le “dépit amoureux” selon Frédéric Mitterrand

Lettre ouverte des Chiennes de garde
au ministre de la Culture

Marie Trintignant est morte il y a six ans, le 1er août 2003.
Elle a été tuée par l’homme qui disait l’aimer.

Était-ce du « dépit amoureux » ?

Marie Trintignant est-elle morte pour rien ? On peut le craindre à vous entendre, vous, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, quand vous apportez votre soutien au rappeur Orelsan.


Dans un rap, « Sale pute ! », dont le clip est disponible sur Internet, Orelsan insulte la femme qu’il aime et la menace d’horribles tortures parce qu’il l’a vue embrasser un autre homme. L’ensemble de son répertoire (par exemple, « Suce ma bite pour la Saint-Valentin ! ») est tout aussi violent envers les femmes, avec une complaisance inadmissible dans la description de violences physiques, viols, viols collectifs, transmission volontaire du sida, assassinat, avortement forcé, pédocriminalité, etc.
Interviewé, Orelsan affirme ne rien regretter de ses outrances, et dans l’un de ses raps il revendique même d’être compris au « premier degré ».


Le 14 juillet, sur RTL, vous avez déclaré « ne rien voir de choquant » dans la chanson « Sale pute ! », où vous ne percevez que l’expression légitime d’un « dépit amoureux ». Dépit amoureux ! Nous ne sommes ni chez Molière ni chez Marivaux, M. le ministre, mais dans la vraie vie : comment pouvez-vous percevoir de l’amour dans ce désir de se venger d’une femme, en la faisant souffrir, en la blessant, en la tuant ?

Ce « dépit amoureux » tue. Dans d’autres pays, on l’appelle par son nom : violence conjugale masculine. En France, dans un foyer sur dix, l'homme commet des actes de violence graves sur la femme. Tous les deux jours, un homme tue sa femme, ou sa compagne, et parfois aussi leurs enfants.

Il est irresponsable de prendre à la légère les paroles d’Orelsan, car il s’agit de banalisation du meurtre de femmes. Nous attendons plutôt de responsables politiques qu’ils concourent à apprendre aux hommes et aux garçons violents à se maîtriser. M. le ministre, relayez donc le travail féministe en déclarant que la violence n'est jamais une solution ! La violence est le problème.

3 août 2009

 

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Orelsan : Frédéric Mitterrand nuance son propos...

Extrait de l'Express.fr du 5 septembre 2009
“Le one man show de Mitterrand”

"Suffit-il de crier pour être un artiste?", lui demande-t-on. Le maître de la rue de Valois en profite pour faire son mea culpa sur Orelsan, le rappeur, auteur de Sale pute, qu'il avait comparé à Rimbaud, après la déprogrammation dont ce dernier avait été victime lors des Francofolies de La Rochelle en juillet. "Je suis peut-être allé trop vite, dit-il, mais je ne supporte pas l'idée de la censure. Mais à égale importance, je ne supporte pas l'agression verbale. Les propos de ce rappeur étaient très pénibles. Si on écoute les autres rappeurs, ils disent souvent des choses très pénibles. Dans le climat qui était là, la volonté de censure l'emportait sur l'agression. Aujourd'hui j'aurai tendance à être plus sévère." (source ici)

 

 

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BRAVO À CELLES ET CEUX QUI DISENT NON AU MACHISME !
Les Chiennes de garde saluent les personnalités qui ont pris publiquement position contre le rappeur machiste Orelsan
.

Depuis dix ans, les Chiennes de garde montrent les crocs aux machos. Aujourd'hui, elles aboient pour féliciter des résistant-es au machisme.

Depuis quatre mois que des paroles de chansons du rappeur Orelsan suscitent indignation, écœurement ou colère (voir le site http://www.chiennesdegarde.com/), de nombreuses personnalités, élu-es ou responsables culturel-les (liste ici), se sont opposées à la dangereuse banalisation des violences sexistes et sexuelles véhiculée par ces textes.

Il y avait urgence, car le machisme tue : en France, tous les deux jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon, telle Marie Trintignant tuée par Bertrand Cantat ; et voilà qu'Orelsan banalise cette mort en chantant : « Mais ferme ta gueule ou tu vas t'faire marie-trintigner ! » (dans « Suce ma bite pour la Saint-Valentin »)

Suspendre la diffusion de ces incitations à la violence était donc nécessaire pour qu'un débat public s'instaure, dans l'attente d'une décision de justice.

Les Chiennes de garde tiennent à saluer

• les responsables culturel-les qui ont décidé de déprogrammer le concert prévu et ont assumé publiquement leur décision
- à Bruxelles (Nuits Botaniques) : Pascale Bertolini, responsable presse, et Paul-Henri Wauters, programmateur
- à Poitiers (Le Confort Moderne) : Simon Codet-Boisse, directeur, et Isabelle Delamont, présidente.

• les responsables politiques pour qui l'argent public ne doit pas promouvoir des textes de haine et de violence
- François Bonneau, président de la région Centre, qui a déduit de la subvention accordée au festival de Bourges le montant du cachet d'Orelsan.
- Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, qui a décidé que l'album d'Orelsan ne sera pas proposé au public dans les médiathèques de la Ville de Paris.

Les Chiennes de garde leur disent “respect !”

2 juillet 2009

3 juillet : Nous apprenons que le concert d'Orelsan prévu pour le 14 juillet aux Francofolies de La Rochelle est annulé ; que Ségolène Royal, Présidente de la région Poitou-Charente, avait exprimé dès le mois de février au directeur des Francofolies de La Rochelle ses réserves sur la programmation d'Orelsan et insisté “sur le caractère inadmissible des paroles de nombre de ses chansons, et pas seulement de celle ayant déclenché la polémique au moment du Printemps de Bourges”.

 

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Au machisme bien-pensant,
les Chiennes de garde montrent les dents !


Réponse à
Claude Askolovitch

 

Monsieur,

Vous trouvez « Sale pute ! », la  chanson d’Orelsan, « terrifiante ». Vous la qualifiez de « haine à l’état brut contre une femme adultère menacée des pires tortures et ça reflète une réalité que subissent trop de femmes. »« On doit agir, ajoutez-vous, contre la réalité des violences faites aux femmes, on peut aussi si l’on veut s’interroger sur le danger des mots et sur l’idée même d’une censure contre le machisme : pourquoi pas ? »
Interrogeons-nous donc !
 
Vous citez Orelsan, qui présente « Sale pute ! » comme « une fiction qui reflète la réalité  (…), pas une incitation au crime ». Cet argument n’est pas recevable. La chanson est écrite à la première personne, et elle relève du rap, mode d’expression favori de nombreux adolescents. Ceux-ci revendiquent le rap comme une tribune où ils peuvent donner libre cours à leurs révoltes, sociales ou personnelles, leurs refus, leurs peurs, leurs désirs profonds. Autant dire qu’ils s’identifient au « je » qui chante « Sale pute ! » :  ils le voient comme un modèle, un porte-parole. Beaucoup d’entre eux ne perçoivent pas Orelsan comme un interprète, ni « Sale pute ! » comme une fiction : ils y retrouvent la violence machiste ambiante, sans y entendre une dénonciation de cette violence.

Si « Sale pute ! » reflète la réalité, à l’image de son titre devenu une injure courante, c’est donc avec complaisance. C’est en cela que cette chanson incite au crime. Pire encore : avec une exhibition de détails abjects, son auteur valorise des pratiques de torture et de barbarie infligées à une femme, non pas « adultère » comme vous l’écrivez (où est le mariage ?), mais à une femme qui a choisi un autre partenaire sexuel, ce qui est la liberté de toute personne adulte — la nôtre, la vôtre, celle des femmes et des hommes de ce pays.
Qui apprendra à des adolescents prolongés, à des hommes immatures, qu’une femme ne leur appartient pas, et qu’elle est libre de ses choix de vie ? Qui leur fera comprendre qu’on devient adulte en dépassant ses déceptions, en dominant ses envies de meurtre et en respectant les droits des autres ?

  Vous arguez qu’Orelsan ne chante pas cette chanson sur scène et qu’elle ne figure pas dans son album. Mais il est facile de la trouver sur Internet, et Dailymotion est un site très regardé par les adolescents.  

S’indigner ne suffit pas, dites-vous ; il faut aussi agir. Certes, mais cessez de prétendre qu’on diabolise ce chanteur, qu’il est l’objet d’un lynchage, en un mot qu’il est une victime ! Les innombrables femmes qui subissent des violences réelles comparables à celles qu’il décrit apprécieront ce renversement des rôles !
Vous qualifiez ceux qui s’indignent de "bien-pensants", et dénoncez la surenchère dans les protestations. Mais penser juste, ce n’est pas être bien-pensant. Être nombreux à protester, c’est déjà agir, car la polémique a valeur pédagogique. L’indignation qui s’exprime contre l’auteur de « Sale pute ! » émane de personnes qui pour la plupart, et c’est notre cas, agissent concrètement contre la violence machiste.

La liberté d’expression artistique est-elle sans limites ? Imaginerait-on une chanson détaillant à la première personne les tortures qu’un SS s’apprête à faire subir à un Juif ? Ou les paroles d’un GI rappant ses séances de torture en Irak ?

Les Chiennes de garde, 2 avril 2009


 
 
 * cf. la chronique de Claude Askolovitch sur Europe 1 du 30 mars 2009

 

 

 

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