LISTE D’OBJECTIONS FRÉQUENTES

 

 

1.   « Du calme ! Un peu de recul, de la mesure !
      Vos réactions sont disproportionnées ! »

2.   « Je n'adhère pas aux propos de tel ou tel chanteur,
      mais il doit avoir le droit de s'exprimer. »


3.   « Vous voulez une police de la pensée. Vous attentez à la liberté d’expression. »

4.   « C’est une offensive de l’ordre moral, du ‘’politiquement correct’’,
      de la bien-pensance féministe ! »

5.   « Et les droits des artistes ? Je suis contre la censure des œuvres d’art. »

6.   « Certes, ce sont des mots violents, mais il faut les prendre avec distance,
      au deuxième degré. »


7.   « Orelsan n’est qu’un parmi tant d’autres. Le machisme est partout :
      publicité, rap, jeux vidéo, etc. Pourquoi paierait-il pour les autres ? »

8.   « Vous ne comprenez rien aux jeunes. Vous les croyez incapables de faire
      la différence entre une fiction et la réalité. »


9.   « Ce n’est pas une apologie de la violence, c’est le désespoir d’un raté qui crie
       son mal-être, comme l’explique Orelsan. »


10. « Voir des films de violence, entendre des chansons violentes, c’est une façon
      de travailler sa propre violence, et ça empêche de passer à l’acte. »


11. « Quelques chansons, ce n’est pas bien grave ! »

12. « On ne peut rien faire. Ça a toujours existé, ce genre de trucs dégueulasses ! »

 

Contribution des adhérentes à la RÉFUTATION des arguments des partisans de chansons machistes > ICI

 

Pour réfuter les arguments
des partisans de chansons machistes


1.   « Du calme ! Un peu de recul, de la mesure !
      Vos réactions sont disproportionnées ! »

Mais comment donc ! La barbarie, l’assassinat, le viol, les tortures, le mépris, les humiliations, les menaces… Les femmes devraient prendre un peu plus sur elles, et les féministes font tout un plat de pas grand chose.
C’est le machisme qui est démesuré ! Disproportionné ! C’est lui qui « tue tous les jours, alors que le féminisme n’a jamais tué personne » (citation de Benoîte Groult).

- haut de page - accueil -

 

2.   « Je n'adhère pas au propos de tel ou tel chanteur, mais il doit avoir le droit
      de s'exprimer. »

Toute personne de bonne foi perçoit la dangerosité de ces paroles de chansons, étant donnée la réalité des violences masculines contre les femmes : en France, tous les deux jours une femme est tuée par son conjoint ou son ex, sans compter les agressions et les meurtres relatés dans les médias sans que quiconque mentionne qu’il s’agit d’actes de violence sexiste.
Oui, des paroles aussi haineuses sont dangereuses, et leurs auteurs doivent apprendre à se contrôler. La société réprouve la violence raciste, antisémite ou homophobe, mais fait preuve d’indulgence envers la violence machiste, symbolique ou réelle : on entend peu de « sale youpin ! », alors que « sale pute ! » est devenu une insulte banale. Pour le meurtre de sa compagne Marie Trintignant, Bertrand Cantat a passé quatre années en prison, moins que certains voleurs ou escrocs.

- haut de page - accueil -

 

3.   « Vous voulez une police de la pensée. Vous attentez à la liberté d’expression. »

La pensée est libre, mais son expression a des limites, destinées à préserver les règles élémentaires de respect et de liberté qui permettent de vivre ensemble dans une société.
La liberté d’expression ne peut se déployer sans des limites — l’incitation à la haine, l’appel au meurtre — qui lui donnent un sens. Si tout est permis, on entend seulement ceux qui crient le plus fort.

La loi impose des bornes à l’expression de la haine des femmes (misogynie), des juifs (antisémitisme), des homosexuels (homophobie), d’une catégorie ethnique (racisme), les femmes pouvant appartenir aussi aux trois dernières catégories. Dans un pays où tant de lois sur les droits des femmes (parité, égalité professionnelle, etc.) ne sont pas respectées, et où le sexisme est banalisé dans l’espace public (injures, publicités), les femmes et les filles subissent discriminations, injustices et violences uniquement du fait de leur appartenance au sexe féminin.

Imposer des bornes à l’expression de la haine raciste ou antisémite n’a pas mis en péril la liberté, mais a incité à l’auto-contrôle. L’expression s’est déployée autrement. La liberté ne se confond pas avec le droit d’insulter et de mépriser ce qui relève du féminin. Alors que l’unanimité s’est faite pour condamner la haine raciste, antisémite ou homophobe, la haine des femmes donne lieu à des débats sans fin, comme si elle pouvait être excusable. La violence sexiste reste dans l’immense majorité des cas non nommée, et même non identifiée ; cette question politique essentielle est encore un impensé de notre société.

- haut de page - accueil -

 

4.   « C’est une offensive de l’ordre moral, du ‘‘politiquement correct’’,
      de la bien-pensance féministe ! »

L’ordre moral actuel est un ordre machiste, qui organise et consolide la domination masculine. Nous, féministes, le refusons et proposons un projet de société qui protège les droits de tous les humains.
Dans toute action, il y a une dimension morale. Oui, en affirmant que la violence ne résout rien, nous prenons une position morale.

- haut de page - accueil -

 

5.   « Et les droits des artistes ? Je suis contre la censure des œuvres d’art. »

Les artistes sont des citoyens comme les autres, ils n’ont pas tous les droits, et ne sont pas au-dessus des lois. Ils ont aussi des devoirs, d’autant plus s’ils sont très écoutés. De telles déclarations haineuses, avec tant de complaisance dans la description de tortures, sont dangereuses. N’est-il pas troublant qu’on crie à la censure seulement quand il s’agit de violences envers les femmes ? Il faudra bien que les pouvoirs publics assument de censurer, car ils portent une lourde responsabilité en laissant se diffuser de tels appels à la haine.

- haut de page - accueil -

 

6.   « Certes, ce sont des mots violents, mais il faut les prendre avec distance,
      au deuxième degré. »

Avant le deuxième degré, il y a le premier. Au premier degré, il s’agit d’un discours de haine, ce que toute femme, ou toute personne noire, arabe ou juive à propos d’un discours la visant en tant que telle, ressent comme une violence inacceptable. Il faut n’avoir jamais subi aucune discrimination pour oser prétendre qu’il faut prendre au deuxième degré des mots aussi violents.
En outre, Orelsan lui-même affirme : « J'suis pour de vrai de vrai, j'dis c'que j'pense, j'pense c'que j'dis. Tout ce que j'écris, c'est du premier degré, hé ! » (« Courez courez »).

 

- haut de page - accueil -

 

7.  « Orelsan n’est qu’un parmi tant d’autres. Le machisme est partout : publicité,
      rap, jeux vidéo, etc. Pourquoi paierait-il pour les autres ? »

Orelsan n’étant qu’une goutte d’eau dans l’océan du machisme, il serait urgent… de ne rien faire ! Lui-même a invoqué les « pans entiers de la littérature et du cinéma » qui appellent à la haine des femmes. Donc la culture est bien globalement misogyne : la vérité peut aussi sortir de la bouche des rappeurs !

 

- haut de page - accueil -

 

8.   « Vous ne comprenez rien aux jeunes. Vous les croyez incapables
      de faire la différence entre une fiction et la réalité. »

Les jeunes, comme les adultes, sont influençables par des chansons, des publicités, des idées à la mode. Même si des paroles de haine ne conduisent pas toujours à des violences physiques, on ne peut rien construire sur la violence. Celle qui est dirigée spécifiquement contre les femmes est une réalité, par exemple (peu de commentateurs l’ont relevé) la tuerie de Winnenden (Allemagne) : le 11 mars 2009, un ancien élève de 17 ans est entré dans le lycée et a tué par balles 11 filles et 1 garçon, ainsi que 3 enseignantes.
En France, chaque année, des femmes (166 en 2007) sont tuées par leur compagnon, souvent parce qu’elles veulent le quitter. La violence conjugale masculine sévit dans un foyer sur dix. Voilà ce dont certaines chansons font l’apologie.

- haut de page - accueil -

 

9.   « Ce n’est pas une apologie de la violence, c’est le désespoir d’un raté qui crie
      son mal-être, comme l’explique Orelsan. »

L’un n’empêche pas l’autre. Ce « cri de désespoir » se traduit par des fantasmes de tortures, une rage possessive allant jusqu’à l’assassinat. Cela correspond à la réalité que vivent des millions de femmes violentées par un conjoint jaloux, ou ne supportant pas d’être quitté.
Que n’a-t-on pas dit pour minorer l’appel au meurtre et la responsabilité d’Orelsan ! Lui-même, à 25 ans, revendique d’avoir « 14 ans d’âge mental ». Ce fils d’enseignants a eu plus d’atouts à la naissance que beaucoup d’autres. Quand bien même il serait désespéré, cela n’excuse pas sa haine du féminin. Le désespoir des uns ne doit pas trouver une issue dans la haine des autres, et notamment la haine des femmes. Il est grand temps que les femmes cessent d’être, dans l’inconscient collectif, un exutoire pour tout ce qui ne va pas.

- haut de page - accueil -

 

10. « Voir des films de violence, entendre des chansons violentes, c’est une façon
      de travailler sa propre violence, et ça empêche de passer à l’acte. »

      (NOTE : théorie de la catharsis, de l’effet purgatif de la violence symbolique) 

Devons-nous nous réjouir que tous les auditeurs de ces chansons violentes ne les suivent pas à la lettre ? Que tous les hommes quittés par leur femme ne la tuent pas ?
Catharsis est un bien grand mot pour une entreprise de promotion commerciale. L’appel à la violence n’empêche pas la violence ; au contraire, il l’engendre. Pour nous, consentir à ces mots haineux, très largement diffusés, c’est banaliser des actes graves et les excuser par avance.
À quoi servent les chartes de l’égalité, les appels au respect, les campagnes contre les violences sexistes, et tant de lois, de conventions, de circulaires, de chartes, de labels et de directives, si dans le même temps, des rappeurs lancent à tout va leurs appels à la haine machiste ?

- haut de page - accueil -

 

11. « Quelques chansons, ce n’est pas bien grave ! »

Il ne s’agit pas de quelques chansons, mais d’une promotion à grande échelle de la haine machiste. Une promotion d’autant plus efficace qu’elle est chantée par un « jeune espoir du rap français » qui contribue à façonner l’air du temps, et avec d’autant plus d’efficacité que l’usage de l’obscénité, ajouté au prestige de la scène et au port de la casquette, l’auréole d’une dimension prétendument subversive et libertaire. Orelsan et ses semblables agissent sur les représentations, les imaginaires. Ils le savent, et en usent.
La violence machiste, symbolique (mots, images) ou réelle (des coups à l’assassinat), est grave. Le nazisme a commencé comme ça. Qui consent aux mots finit par consentir aux choses.
Tous les arguments invoqués pour trouver des excuses au machisme n’ont qu’un but : cantonner les femmes dans la passivité, le sacrifice et l’oubli de soi. Que ceux qui les propagent sachent que l’ère de la soumission est révolue ! Une nouvelle époque a commencé, et elle ne sera pas, elle ne sera plus, celle du silence des femmes.

- haut de page - accueil -

 

12. « On ne peut rien faire. Ça a toujours existé, ce genre de trucs dégueulasses ! »

Est-ce une raison pour s’en accommoder, de même que pour l’esclavage, ou l'anthropophagie ? Depuis près de deux siècles, des féministes, femmes et hommes, dénoncent les injustices et les violences machistes, demandent le respect et la liberté.
Nous espérons en un changement, et nous y travaillons.
Nous résistons à la violence, collectivement. Nous demandons qu’elle soit réprimée, et nous en appelons aussi à l’intelligence, en élevant le débat.
« Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action » (Hannah Arendt, La Condition de l’homme moderne).

- haut de page - accueil -

 

CONTRIBUTIONS DES ADHÉRENTES à la RÉFUTATION
des arguments des partisans de chansons machistes

 

• La liberté d'expression :

La liberté d'expression est déjà restreinte par la Loi à plusieurs titres.
Par exemple pour ce qui concerne l'apologie de crimes de guerre, l'apologie de crimes contre l'humanité, l'incitation à la haine raciale, l'incitation à la consommation de produits stupéfiants, etc. Les législateurs ont pensé qu'il était utile de protéger la dignité ou la sécurité des uns, la mémoire des autres, que c'est le devoir de la Loi de poser des limites aux libertés des uns et des autres, la liberté de chacun s'arrêtant où commence celle d'autrui.
À ceux qui jugent que nous attentons à la liberté d'expression, nous pourrions donc répondre que dans la mesure où les Lois actuelles y attentent de façon évidente et conséquente, ils devraient donc, pour être cohérents, demander la levée de toutes les restrictions actuelles/réelles qui lui sont faites. Sauf, bien sûr, s'ils jugent que la dignité des femmes mérite moins que les autres d'être défendue ?

 

• Le second degré :

Le "second degré" est l'alibi facile utilisé par les gens qui veulent pouvoir cracher leur fiel raciste, sexiste, homophobe, sans se faire taper sur les doigts. Le second degré a le dos extra-large. En son nom, on tente de justifier toutes les déclarations immorales, toutes les insanités.


• "L'ordre moral" et le "politiquement correct" :

« Cultiver, instruire, éduquer, humaniser, policer, adoucir », c'est la définition trouvée sur le dico de www.TV5.org pour "CIVILISER". Ce que cherchent les Chiennes de garde, tout comme la plupart des associations/groupements/individus qui luttent contre les injustices, qui espèrent faire progresser l'Humanité, et les rapports inter-humains, c'est à "civiliser". Cela passe forcément par une promotion de la morale, par un rappel des principes qui devraient régir une société civilisée.
Utiliser les termes d' « ordre moral » ou de « politiquement correct », qui ont pris une charge péjorative, c'est une façon de dénigrer la démarche CIVILISATRICE des Chiennes de garde. Car il ne s'agit pas, en l'occurrence, d'une "offensive de l'ordre moral", c'est une "défensive de la Morale"!

Pour ce qui est du "politiquement correct" (et là, je suis consciente que mon point de vue n'est peut-être pas beaucoup partagé), elle me semble aberrante et très inquiétante cette tendance consistant à dénigrer le "politiquement correct". On sous-entend que le "politiquement correct" représente une restriction sévère de la liberté de chacun, une censure, voire carrément une castration.

Pourtant, prenons quelques exemples:

- Admettre qu'on aime coucher avec des petits enfants,
- Dire que pour régler le conflit moyen-oriental, il n'y aurait pas mieux que de zigouiller une bonne fois tous les Palestiniens ou rayer Israël de la carte (selon le camp pour lequel on est),
- Préconiser la lapidation des homosexuels,
Tout cela n'est pas politiquement correct... En effet, ça ne l'est pas.
Et alors ? Que voudrait-on ? Est ce que tout ce que l'on pense est bon à dire publiquement ? Ne doit-on pas réserver à la sphère privée ce type de propos douteux ?

 

• La liberté de l'artiste :

Cela rejoint le point suivant sur la liberté de l'artiste, et sur la Censure.
La Sagesse ne requiert-elle pas de toujours considérer en priorité sa propre responsabilité quand on agit, ou quand on exprime publiquement une opinion ?
L'artiste n'a-t-elle/il pas le devoir premier, elle/lui qui est sur la scène et qui exprime une opinion, de considérer avec attention l'impact possible de ses propos sur son public ? Ne devrait-elle/il pas peser l'influence, les conséquences matérielles et palpables que ses propos pourraient avoir ? Il semble que malheureusement, cette précaution essentielle, soit totalement négligée. Ce qui compte, c'est faire parler de soi, c'est choquer, vendre, choquer POUR vendre. Plus c'est gros, meilleur c'est, etc. etc. On est dans l'ère du marketing roi, du Dieu-fric. (bon, je m'arrête car je m'égare !)... En résumé, les artistes qui voudraient une totale liberté d'expression incluant le droit d'insulter, de prôner la violence, d'inciter à la haine, etc. voudraient être autorisés à négliger leur RESPONSABILITE sociale.


• Enfin, généralités en vrac :

- Demandons aux détracteurs des féministes de remplacer le mot désignant les femmes par le mot « juif » ou par le mot « noir », dans les textes litigieux, et qu'ils observent l'effet que ça fait.

- Albert Memmi, dans « L'Homme dominé » dit, en référence aux propos radicaux d'un Black Muslim qui prônait une bonne grosse révolte bien sanglante: «Mais comment nier que son analyse fût correcte? Que seule la crainte que les Noirs pourraient éventuellement inspirer aurait quelque chance de faire reculer l'oppression? »

Nous y sommes: la faiblesse du féminisme, c'est qu'il défend des femmes et est défendu par des femmes. Des individus relativement inoffensifs, plus faibles physiquement, souvent chargés d'enfants, pas tellement portés sur le rapport physique.

Un gros balèze noir d'1m90, plein de muscles va pouvoir faire taire un raciste, sans rien avoir à dire/faire, rien que par son imposante stature : il inspire la crainte. Une femme pourra toujours crier à l'injustice, demander qu'on respecte sa dignité, qu'on respecte ses droits, etc. Tant qu'elle ne fait pas peur, elle fera ricaner... (= AUX ARMES !! ...Naan... je plaisante...(?...))

- « On dit toujours que quelqu'un exagère quand il décrit une injustice à des gens qui ne veulent pas en entendre parler » Albert Memmi « L'Homme dominé ».

Juliette Doroy-Diallo.

 

- haut de page - accueil -