Jeudi 5 février 2009

Lettre ouverte des Chiennes de garde à l'AERES

La parité impossible : c’est la faute des femmes !

 

Les bonnes ménagères s’occupent de leur intérieur, les bonnes mères de leurs enfants. Comment une femme cumulant maison, enfants et profession peut-elle oser ajouter un engagement supplémentaire (politique, syndical, associatif, etc.) ? Ne vaudrait-il pas mieux que ces autres champs d’activité soient réservés aux personnes qui n’ont à s’occuper ni de la maison ni des enfants, et donc ont ainsi du temps et l’esprit libres : les hommes ?

On croyait ces propos archaïques dépassés, et pourtant…N’est-ce pas ce qu’explique le 8 janvier dernier le président de l'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur*), Jean-François Dhainaut ? À une question soulevant le problème de non-respect de la parité dans les commissions d’évaluation de l’AERES, dont les membres sont nommés par le ministère, il répond : « Les femmes en plus de leur métier doivent s'occuper de la maison, des enfants. Elles n'ont donc pas de temps à consacrer à l'AERES. »

Ainsi, un président d’une agence chargée d’évaluer l’ensemble des diplômes et de la recherche en France justifie-t-il le fait que les femmes soient limitées aux tâches ménagères, et ne prennent pas part à la sphère publique…Inquiétant !

Ces propos ont été dénoncés par le SNESUP (Syndicat national de l'enseignement supérieur), ainsi que par plusieurs groupes de femmes scientifiques. Les Chiennes de garde, association féministe, s’associent à ces réactions critiques. Avec des responsables scientifiques comme M. Dhainaut, la parité est mal partie !

Voir le compte-rendu rédigé par Alain Trautmann (SLR, Sauvons la recherche!) et Anne Saada (SLR et SLU, Sauvons l'Université !), sur le site http://www.sauvonsluniversite.com.

(*créée par la loi de programme pour la recherche, et installée le 21 mars 2007)

Florence Montreynaud
Présidente des Chiennes de garde

 

Voici ce que la ministre Valérie Pécresse a qualifié de “démenti solennel et public”, le communiqué de presse suivant, daté du 9 février 2009.

“Jean-François Dhainaut, président de l’AERES, fait part de sa surprise devant les propos qui lui ont été attribués sur le site de SLU lors de la présentation qu’il a faite de l’AERES à l’occasion d’une conférence de l’Hôpital Cochin. Il dément avoir déclaré que “les femmes en plus de leur
métier doivent s’occuper de la maison, des enfants. Elles n’ont donc pas de temps à consacrer à l’AERES”.”

Interrogé sur la parité homme/femme dans les comités d’expertise de l’AERES, il a indiqué qu’il n’avait pas en tête le chiffre précis de cette répartition, mais qu’il lui semblait encore trop faible en dépit des efforts de l’Agence. En effet, elle se voit opposer un nombre plus important de refus de la part de femmes que d’hommes. Certaines déclarent pour motiver leur réponse, avoir une charge de travail trop importante.

Alors que les femmes ne représentent que 18% des professeurs, la proportion de femmes intervenant à l’AERES est la suivante :

- Le conseil de l’AERES : 14H / 11F (soit 44%)
- Les délégués scientifiques : 54H / 21F (soit 28%)
- Les experts : sur les 1439 experts déjà sollicités depuis septembre 2008 (vague D),
il y a pour l’heure :

• 1103 hommes
• 339 femmes (soit 23%)

Il convient de souligner que ces experts sont choisis au sein d’une liste constituée des propositions faites par la communauté scientifique (universités, organismes de recherche, etc...). Sur ces 7717 propositions, seules 993 concernaient des femmes (soit 13%).
Pour sa part, l’AERES a été attentive à augmenter cette proportion au sein de ses comités d’expert pour atteindre aujourd’hui 23%. L’Agence poursuivra ses efforts pour impliquer un nombre plus important de femmes au sein de ses comités d'expertise.”

Si M. Dhainaut a jugé utile de publier un tel démenti, alors que plusieurs témoins ont bien entendu ses propos, cela signifie qu’il prend l’affaire au sérieux. Voilà à quoi aura abouti l’action des nombreux pétitionnaires contre le sexisme de sa déclaration.
Nous retenons son engagement final : « L’Agence poursuivra ses efforts pour impliquer un nombre plus important de femmes au sein de ses comités d’expertise », et restons vigilant-es.