ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 19 MARS 2011

Engagement et actions des Chiennes de garde
d’octobre 2009 à mars 2011
(d’une A.G. à l’autre)


Engagement dans le débat public

Notre notoriété

Chaque jour ou presque, nous parvient une alerte Google où notre nom est mentionné, soit avec une allusion à l’une de nos actions, réelle, supposée ou assignée, soit avec le sens de « féministe ».
Chaque semaine, nous recevons plusieurs demandes de journalistes, nous invitant à nous exprimer sur divers sujets concernant les femmes, comme le voile ou la parité. Nous nous en tenons à notre domaine : les violences sexistes symboliques — insultes et publicités sexistes —, et dirigeons vers d’autres associations.

Les Chiennes de garde bénéficient d'une forte notoriété dans le paysage associatif et la société en général.
L’expression « Chienne de garde » signifie « féministe déterminé-e », ou même « femme de caractère ». Pour les gens, la qualification de « Chienne de garde » marque un degré de plus dans l’engagement que la simple dénomination de « féministe » : d’où des formules de mise à distance accompagnant des félicitations à une femme, qui est « féministe sans être une chienne de garde ».
La diffusion de l’expression a donc eu pour effet de conférer une respectabilité nouvelle au mot « féministe », en vertu du principe machiste qui consiste à diviser pour régner : opposer les féministes entre elles, c'est-à-dire en admettre quelques-unes, considérées comme fréquentables, pour mieux rejeter les autres, trop « agressives ».

« Que font les Chiennes de garde ? » est devenue une rengaine : au moindre incident sexiste, on prend plaisir à nous interpeller ainsi. Dépassant la satisfaction de voir reconnue notre légitimité, voire notre mission de quasi-service public, nous nous contentons de demander à ces bons apôtres : « Et vous, que faites-vous ? » C’est trop facile de se décharger sur nous, et abusif de prétendre nous dicter notre conduite !

Quand nous intervenons sur un sujet, les mêmes ne manquent jamais de nous renvoyer à un autre sujet, tout aussi digne d’intérêt, même s’il n’a aucun rapport avec notre domaine — les violences sexistes symboliques. Mais nous ne nous laissons pas instrumentaliser : c’est nous qui décidons ce que nous voulons faire dans un domaine bien précis ; nous l’avons choisi il y a 12 ans, et notre choix nous semble toujours aussi pertinent. Tant que des femmes seront insultées publiquement en France, l’égalité réelle des femmes et des hommes, concernant les salaires ou les tâches domestiques, restera un mirage.

Florence Montreynaud a publié deux articles d’analyse, « Le féminisme, une révolution non-violente », et « Les Chiennes de garde montrent les dents ! », dans un dossier intitulé « La domination masculine », publié par la revue Alternatives non-violentes, n°155, 2e trimestre 2010, pp. 3-10 et 44-48.


Actions collectives

L’association est membre du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF) et de la Coordination française pour le Lobby européen des femmes (CLEF). À ce titre, nous participons aux manifestations collectives organisées par le CNDF, comme celle du 8 mars, avec nos banderoles de Chiennes de garde, ainsi que celle portant notre devise, la phrase de Benoîte Groult, « Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours ».

Avec des milliers d’autres féministes, nous avons manifesté à Paris :

• le 17 octobre 2009, pour les droits des femmes, à l’appel du Collectif national pour les droits des femmes.

• le 25 novembre 2009, à l’appel du Collectif national pour les droits des femmes et de Femmes solidaires, devant l'Assemblée nationale, pour réaffirmer notre volonté que la loi-cadre contre les violences faites aux femmes soit mise à l'ordre du jour et adoptée par l'Assemblée nationale. La loi a en effet été votée.

• le 8 mars 2010, pour la Journée internationale des femmes.

• le 12 juin 2010 avec la Marche Mondiale des Femmes contre la pauvreté et les violences faites aux femmes dans le monde, d’autant que la violence contre les femmes avait été déclarée Grande Cause Nationale pour 2010.

• le 6 novembre 2010, à l’appel du Collectif national pour les droits des femmes et du Planning familial, pour l’application du droit à l’avortement.

• le 5 mars 2011, pour la Journée internationale des femmes.

Nous avons aussi participé à la fête pour les 40 ans du MLF, à la Flèche d’or le 6 juin 2010.

Pour chaque manifestation, l’artiste Nelly Trumel réalise de magnifiques montages des banderoles, publiés sur notre blog. L’un d’eux est édité en carte postale.

Autre élément de visibilité, nos T-shirts rose fuchsia ou vert amande, en trois tailles, et ornés d’un dessin de Chienne de garde signé Jean Mulatier.
Ils se vendent via le site ou par courrier, et quelques-uns ont été déposés à la librairie féministe Violette & Co, 102 rue de Charonne 75011 Paris.

 

Le site Internet

Le blog de réactions féministes à l’actualité est tenu par « une Chienne de garde » (sous le pseudo de Bulledogue), qui allie humour, pertinence féministe et talent de dessinatrice. En outre, elle assure le travail de mise à jour du site, selon les actions en cours.

Après dix ans d’existence, le site de La Meute http://www.lameute.fr/index/ cesse d’être actif, pour devenir le conservatoire des analyses par ses membres de centaines de publicités sexistes, de nos 35 actions, et de nombreux documents (analyses et réflexions). Il est très utilisé par des élèves de collège et de lycée auxquels des professeurs demandent de faire un dossier sur la publicité sexiste.


Nos actions de Chiennes de garde

Mode d’action

La décision de lancer une action contre une insulte ou une publicité est prise par le conseil d'administration, après concertation par courriel.
Nous choisissons de lancer peu d’actions, car nous préférons nous concentrer sur quelques-unes, de portée pédagogique incontestable, et aussi poursuivre celles que nous avons entreprises.
Chaque fois, nous envoyons un communiqué de presse, rédigé dans un style « mordant », et il est repris par l’AFP et des médias.

Le prix des Chiennes de garde au Macho de l'année

Remis à l’occasion du 8 mars, ce prix est décerné à l’auteur de la remarque, déclaration, insulte, etc. la plus sexiste, faite publiquement à une femme pendant l’année civile précédente.
Même si le succès a été immédiat, notre prix est bien installé au bout de trois ans, et la couverture médias est toujours excellente.

Les membres de l’association sont invité-es à voter sur une sélection de phrases sexistes opérée par les responsables à partir de celles qui sont signalées tout au long de l’année. Le vote porte sur les phrases seules, sans que le nom de leurs auteurs soit indiqué, pour que sa personnalité ne parasite pas sa parole.

En 2010, notre conférence de presse a eu lieu au Comptoir général (Paris 10e), en présence de Fatima Lalem, adjointe au maire de Paris, chargée de l’Égalité femmes/hommes.

Après André Vingt-Trois, cardinal-archevêque de Paris, le deuxième macho à recevoir les déshonneurs féministes a été Louis Nicollin, président du club de football de Montpellier, pour sa phrase : « On peut se parler, se dire les choses. On est des hommes, pas des gonzesses. » (L'Équipe, 2 novembre 2009 ; au sujet d'un différend avec Benoît Pedretti, capitaine de l’équipe de football d'Auxerre)

Les dauphins du Macho de l'année étaient deux hommes politiques.

Alain Destrem, conseiller d’arrondissement de Paris UMP, qui a déclaré « La photo de Ségolène Royal en boubou me fait penser à ma femme de ménage. » [à la vue d’une photo de Ségolène Royal portant un boubou, lors d’une visite à Dakar] Conseil de Paris, 8 avril 2009

et Jean Lassalle, député MoDem, pour sa réponse à un journaliste lui demandant quel était son cochon préféré : « Mon cochon préféré, c’est une petite cochonne, c’est mon épouse. » (au Salon de l’agriculture, à Paris, 24 février 2009)

L’écho dans les médias au sujet du Macho de l'année a été important, avec des passages le jour même sur France Inter, Europe 1 et RTL dans le journal de 12h30 ou 13h.
Deux radios des Pyrénées (région d’origine de Jean Lassalle) ont interviewé Florence Montreynaud sur leur macho local.

En 2011, nous avons tenu notre conférence de presse au Divan du monde (Paris 18e), en présence de Fatima Lalem, adjointe au maire de Paris, chargée de l’Égalité femmes/hommes.
Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Cohésion sociale et des Solidarités, a dû décommander sa venue, car elle été requise au dernier moment par le nouveau ministre de l’Intérieur.

Le Macho de l'année 2011 est Jean-Claude Elfassi pour :
« C’est des salopes qui n’ont rien d’autre à faire […], c’est des amoureuses éconduites. » [au sujet de femmes qui ont osé rendre publique une condamnation pour violences conjugales]
(Direct 8, Morandini, 12 novembre 2010)
Jean-Claude Elfassi avait fait l’objet d’une action des Chiennes de garde (voir plus loin).

Les dauphins sont

Hugo Desnoyer pour :
[question : « Comment un bon boucher choisit-il une bonne viande ? »]
« C’est un petit peu comme quand tu es dans la rue, quand tu regardes une belle fille passer, ça t’interpelle le regard, tu commences à regarder les formes de la bête, les croupes, l’arrière-train s’il est bien développé, et après, il faut réussir à les toucher... »
Canal +, « Le Grand Journal », 20 octobre 2010

et Jean-Marie Bigard pour :
« Lorsque je lance sur le plateau de Cauet : ‘’Elle est redevenue baisable’’, en parlant de Christine Bravo, qui a perdu 30 kilos, c’est un moyen d’être gentil. »
Le Parisien, 20 avril 2010

Le résultat a été annoncé sur F2 dans le journal de 13h, et aussi sur F5, LCI, Canal+ ; à la radio sur France Inter, France Information, TSF, Sud Radio et RMC ; enfin, sur de nombreux sites.


Deux actions de La Meute

« NON au fromage qui tue ! »

Le 13 octobre 2009, La Meute a lancé l’action n°33 : « NON au fromage qui tue ! » contre une campagne pour le cantal. Il s’agit d’une série de spots diffusés en 2009 à la télévision et sur Internet, qui banalise des comportements de violence masculine sur une femme, et est en partie payée par le département du Cantal et par la région Auvergne.

Le 8 février 2010, La Meute a adressé une lettre ouverte à MM. Christian Bouchardy, André Chassaigne, Michel Fanget, Alain Laffont, Alain Marleix et René Souchon, têtes de liste aux élections régionales d'Auvergne.
André Chassaigne (Front de Gauche) et Alain Laffont (la gauche 100% sociale et écologique) ont adressé une réponse satisfaisante. Pas de réponse de René Souchon, président (réélu) du Conseil régional d'Auvergne.

La reprise de la campagne a entraîné une reprise de notre action, lancée le 15 novembre 2010 : « Les Chiennes de garde ne lâchent toujours pas le morceau ! » Aucune réaction des responsables de cette campagne, et des interviews sur trois radios locales.

Demande de la création d'une instance de contrôle

Une autre campagne publicitaire de 2010 (sur des cartes gratuites à disposition dans des commerces) a donné lieu à des polémiques, notamment au cours de débats télévisés auxquels Florence Montreynaud a participé comme présidente de La Meute des Chiennes de garde.
La cause — prévenir le tabagisme des jeunes — a beau être juste, l'association Droits des non fumeurs a utilisé un moyen pernicieux : des images représentant une fellation qu'un homme impose à une jeune fille et à un jeune garçon, avec une cigarette comme symbole sexuel !

C’est pourquoi le 1er mars 2010, La Meute a demandé la création d'une instance chargée d'examiner toutes les publicités avant leur diffusion dans l'espace public, dirigée par une personnalité indépendante, et composée à parts égales de représentant-es du peuple (élu-es, associations) et de professionnels.
Une lettre a été envoyée au président de la République, au président du Sénat et au président de l'Assemblée nationale. Elle a été publiée dans l'Humanité du 3 mars 2010, mais est restée sans réponse.
L’action a été relancée le 8 mars 2011.

 

Deux actions des Chiennes de garde

Isabelle Adjani et Carla Bruni
Le 2 septembre 2010, les Chiennes de garde ont apporté leur soutien à Isabelle Adjani et à Carla Bruni ; pour avoir pris publiquement la défense de Sakineh Mohammadi Ashtiani, une Iranienne jugée pour adultère et complicité de meurtre, et condamnée à mort par lapidation, elles ont été traitées de « prostituées », l’une « corrompue », l’autre « dépravée », par le quotidien iranien Kayhan.

Jean-Claude Elfassi (plus tard élu Macho de l'année, voir ci-dessus)
Le 17 novembre 2010, les Chiennes de garde ont montré les crocs à Jean-Claude Elfassi. Au cours d’une émission de télévision sur Direct 8, il a qualifié trois fois de « salope » une femme ayant osé rendre publique une condamnation pour violences conjugales. Nous publions un communiqué intitulé : « Elfassi, tu ne nous feras pas taire ! »

Mot personnel de la cheffedemeute

Au moment où je prends ma retraite de l’action féministe intensive, je vous adresse la conclusion que m’inspirent quarante années d’engagement :

Les machos ne sont forts que de notre faiblesse.

J’espère que, grâce à vous, Chiennes de garde d’hier et d’aujourd’hui, grâce au renouveau que vous apporterez avec vos propres idées et les moyens modernes de communication, les Chiennes de garde poursuivront avec succès dans la voie que j’ai ouverte en 1999 : le refus des violences sexistes symboliques.
Notre stratégie a fait la preuve de son efficacité : peu d’actions, beaucoup d’explications, en vertu des principes féministes que nous mettons en application — intelligence, humour et pédagogie (non, l’heure n’est plus à la modestie !)
La violence machiste, sous ses multiples formes, symboliques et réelles, représente un danger pour la démocratie : c’est pourquoi notre œuvre est de salubrité publique. Il est urgent de faire changer les mentalités, de passer de la tolérance du machisme au refus de ses pratiques, pour obtenir que les femmes soient respectées, enfin ! Toutes les femmes…

* * *

Sans l’égalité des femmes et des hommes, notre démocratie reste inaboutie. Le machisme, même s’il est encore très virulent, est une séquelle d’un ordre ancien, fondé sur la résignation de victimes subissant la violence comme une fatalité.
Révolte et résistance, utopie et action pacifique : depuis près de deux siècles, grâce au travail persévérant et toujours non-violent des féministes, nos sociétés ont progressé vers l’égalité et la justice. Le féminisme représente l’avenir et nous, féministes, avons l’énergie de l’espoir !

Florence Montreynaud