Violences faites aux femmes : halte aux manipulations

par le bureau des chiennes de garde

 

 

Quand 50% des meurtres sont suivis d’une condamnation contre seulement 2% des viols, comment peut-on accuser les féministes d’exagérer ? Quand une enquête fait de la France un des pays les plus sûrs pour les femmes, quelle crédibilité accorder aux personnes qui prétendent que les violences sexistes sont surestimées ? Certaines critiques dissimulent des intentions peu avouables.

Lundi 26 septembre se tenait à la Sorbonne un colloque européen sur le thème « Nommer et compter les violences envers les femmes. Enjeux scientifiques et politiques », organisé par les démographes de l’Institut National des Etudes Démographiques et de l’IDUP. Ce colloque vient à point pour faire taire des polémiques aussi vaines que malintentionnées.

Les violences faites aux femmes sont devenues un sujet de société et un enjeu politique. Nous Chiennes de Garde ne pouvons que nous en féliciter, d’autant qu’il reste encore beaucoup à faire pour les faire reculer. Nous travaillons dans ce sens. Une conséquence de cet intérêt nouveau pour le sujet est la multiplication de discours qui minimisent la réalité de ces violences. Deux personnes en particulier utilisent leur crédit médiatique pour banaliser les violences faites aux femmes et les viols. Chacune de son côté, Marcela Iacub et Elisabeth Badinter multiplient les interventions, prenant tout spécialement pour cible l’ENVEFF (Enquête Nationale sur les Violences Faites aux Femmes). Cette enquête, réalisée en 2000, a montré l’ampleur des violences, et abouti à l’estimation de 50 000 femmes violées chaque année.

Derrière une querelle de chiffres, c’est d’un débat plus large et plus profond qu’il s’agit. Car saper la crédibilité de cette enquête c’est jeter du même coup le discrédit sur toutes les actions engagées contre les violences faites aux femmes et les dénonçant. C’est pourquoi avant d’élargir le propos il faut revenir sur cette enquête.

Posons-nous quelques questions. Cette enquête est-elle scientifiquement sérieuse ? Ses résultats sont-ils crédibles ? Les attaques contre cette étude sont-elles scientifiquement solides ? Les personnes qui s’en prennent à l’ENVEFF font-elles preuve de sérieux ?

 


Quelle crédibilité pour l’ENVEFF ?

L’ENVEFF a été commandée par le secrétariat d’Etat aux droits des femmes, pour suivre les recommandations de la conférence de l’ONU à Pékin en 1995. Elle n’a rien d’une lubie de fanatiques, et dénombrer les violences est une nécessité, quoi qu’il en soit. Commande publique, cette enquête de vaste ampleur a été confiée aux spécialistes les mieux placés pour la conduire : des démographes. Maryse Jaspard était entourée de 8 autres spécialistes pour la conduire (dont 2 statisticiens), ainsi que d’un comité de pilotage long comme le bras. L’enquête a été préalablement soumise au Conseil national de la statistique, qui l’a approuvée. Une enquête pilote a été conduite auprès de 484 femmes dans 2 régions différentes pour évaluer et améliorer le questionnaire et sa collecte, avant de passer à l’enquête grandeur nature. En dehors du recensement, on ne voit pour ainsi dire jamais d’échantillon aussi énorme (6970 femmes interrogées, toutes entre 20 et 59 ans). La lecture du rapport complet (publié à La documentation Française) démontre le luxe de précautions mises en place(i).

 


L’ENVEFF cohérente avec les statistiques étrangères

Pour mieux comprendre le débat, il est important de comparer avec les chiffres d’autres pays. On s’aperçoit alors que les résultats de l’ENVEFF placent la France parmi les pays où les violences faites aux femmes sont les plus faibles au monde. Reportons-nous pour cela au Rapport mondial sur la violence et la santé de l’Organisation Mondiale de la Santé(ii).

Selon l’OMS, l’agression par un partenaire au cours des 12 derniers mois concerne 10% des femmes d’Ethiopie, 3% des Australiennes, 14% des Indiennes, 6% des Suisses, 12% des Britanniques, 32% des Israéliennes, 3% des Canadiennes, 1.2% des Américaines. L’ENVEFF dénombre 2.5% de femmes ayant subi une agression physique durant les 12 derniers mois, soit moins que les Australiennes ou les Canadiennes et 2 fois moins que les Suisses. Donc soit la France est l’un des pays les plus sûrs pour les femmes, soit les résultats de l’enquête sous-estiment la réalité. Ces comparaisons rendent les chiffres français hautement crédibles, et en tout cas certainement pas surévalués.

En poursuivant la comparaison, seulement 1% des Cambodgiennes physiquement agressées ont contacté la police (on parle ici de l’ensemble des violences physiques, sexuelles ou non), contre 26% des Canadiennes, mais seulement 22% des Britanniques et 18% des Australiennes. Soit moins d’une femme sur 5. Il est facile de comprendre que les violences sexuelles, dont il est plus difficile de parler pour les victimes, ne sauraient faire l’objet d’un taux de plainte plus élevé. Les féministes avancent que la proportion de femmes violées qui portent plainte serait comprise entre 1 sur 6 et 1 sur 10, ce que les scientifiques tiennent pour une estimation crédible.

Parmi les critiques adressées à l’ENVEFF, il en est une qui sort du lot. La sociologue Marie-Victoire Louis s’inquiète de facteurs qui pourraient avoir conduit à une sous-estimation des violences. Une partie de ces reproches trouve une réponse directe dans le rapport détaillé de l’enquête (les résultats ont ainsi été redressés pour tenir compte des populations plus exposées qui n’ont pas été interrogées, comme les détenues ou les sans-domicile), mais on a vu que la crainte de sous-estimation est crédible si l’on compare la France à d’autres pays industrialisés.

 


Que valent les critiques contre l’ENVEFF ?

On ne peut nier que des critiques virulentes ont été lancées contre cette enquête et ses résultats. Encore faudrait-il qu’elles soient solides et argumentées.

Elisabeth Badinter s’insurge et prend la défense des hommes (Fausse route, ou L’Express du 20 juin 2005). En face des chiffres de l’ENVEFF, et pour montrer que les hommes sont au moins autant violentés par leurs conjointes, elle fait appel à un article paru dans Elle (le 10 mars 2003). Pour ce dossier, 48 hommes ont été interrogés, ce qui est statistiquement peu mais le magazine n’a pas prétendu réaliser une enquête quantitative. Badinter, elle, n’hésite pas à utiliser cet article comme s’il avait la même valeur scientifique que l’ENVEFF, et va plus loin en ne prenant que ce qui l’arrange dans les réponses des 48 interrogés (Fausse route, p. 184). « Il faut s’en tenir aux faits », dit-elle dans sa conférence au congrès d’Amnesty, reproduite dans L’Express du 20 juin 2005. C’est ce que nous faisons dans le présent article, contrairement à ses propres écrits. « Il me semble qu’on est peu regardant sur les statistiques utilisées et encore moins sur leurs sources ou leur interprétation ». C’est avec une ironie consommée qu’Elisabeth Badinter prononce cette phrase dans la même conférence intitulée « la vérité sur les violences conjugales ». Elle accuse ses adversaires de ses propres travers, toute honte bue.

Au printemps 2003 Hervé Le Bras et Marcela Iacub publient un article dans Les Temps Modernes (n°623) pour démonter l’enquête, aussitôt repris dans les revues de presse et notamment de manière élogieuse dans la page « kiosque » du Monde. Le premier auteur est un démographe célèbre, la seconde est juriste. Une partie de l’accusation porte sur le niveau des violences, n’y revenons pas. Une autre partie s’en prend à la notion de « continuum des violences » sur laquelle nous reviendrons plus loin. Enfin, le coup de grâce, cette enquête serait « biaisée », partiale. On a vu qu’elle ne l’est pas, mais qui se permet de lancer cette accusation ? Hervé Le Bras a fait l’objet de poursuites pour harcèlement sexuel et a été acquitté, il n’est pas question ici de remettre en cause le verdict. En revanche, lorsque paraît l’article en question, la procédure est toujours en cours et aucun verdict n’avait été rendu. De ce fait, Hervé Le Bras signe là un texte qui alimente sa défense quant aux faits qui lui sont reprochés. Si ce n’est pas de la partialité, qu’est-ce donc ? Le procédé est courant en rhétorique, il consiste à reprocher à son adversaire non pas ce qu’il fait mais ce qu’on fait soi-même. C’est efficace mais extrêmement malhonnête.

Le second auteur de cette mise en accusation est juriste. Le droit est une discipline réputée pointilleuse. Marcela Iacub fait-elle preuve de plus d’honnêteté que son mentor ? Pour en juger il faut se reporter à l’une de ses chroniques parues dans Libération, "De la peine et du sexe" (6 avril 2004), consacrée à la répression des crimes sexuels. Elle y écrit qu’en France aujourd’hui « le viol est plus puni que le meurtre », expression qu’elle renouvelle dans Le Magazine Littéraire d’octobre 2004 et qu’elle utilisait déjà dans Le Monde du 1er février 2002. Les sources d’information ne manquant pas sur le sujet, l’hypothèse d’un mensonge délibéré de Marcela Iacub ne peut être exclue. Or que vaut cette affirmation tant de fois martelée ?

 


2% des violeurs sont condamnés aux assises, contre 50% des meurtriers


Comme l’explique très clairement Maryse Jaspard dans Les violences contre les femmes (La Découverte, 2005), et comme on nous l’a aussi dit au Ministère de la Justice, il n’est pas possible en l’état actuel des données, de mettre strictement en regard les statistiques policières et celles de la justice. Mais on peut saisir des ordres de grandeur surprenants et qui font froid dans le dos.

Le Ministère de la Justice édite les chiffres des condamnations. On apprend dans l’Annuaire statistique de la justice 2005 que, de 1999 à 2003, les condamnations pour viol sont supérieures à 100 mois (102.5 mois en 2003), soit moins de 9 ans (le viol « simple » est punissable de 15 ans de prison, et jusqu’à 30 ans avec circonstances aggravantes). Sur la même période, et en excluant les peines de perpétuité, les homicides volontaires sont punis de plus de 160 mois (166.3 mois en 2003, environ 14 ans), une peine 60% plus longue (sachant que ce calcul exclut les peines de perpétuité). Ces chiffres restent stables sur les 5 années considérées. Or Iacub n’hésite pas à répéter à plusieurs reprises son argument, manifestement faux. Ces chiffres sont publics et faciles à obtenir, surtout pour une juriste. Encore faudrait-il être de bonne foi. Au lieu de cela, Iacub consacre de nombreux textes à minimiser la portée du viol, notamment en évacuant la notion de consentement (Libération 30 novembre 2004, 12 avril 2005). Son discours est toujours le même : les agressions et crimes sexuels sont trop sévèrement punis (parmi d’autres exemples Le Monde 1er février 2002, Nouvel Observateur 8 mai 2003, Libération 7 septembre 2004, 6-7 août 2005...). Une vraie rengaine. Elle développe cet argument en se plaignant que la moitié des condamnés aux assises le sont pour crime sexuel. Ce qui est la stricte vérité. Encore faut-il être conscient que moins de 2% des viols sont suivis d’une condamnation en assises, alors que 50% des homicides sont punis. Mais tandis que 1000 homicides sont constatés par la police chaque année, plus de 10’000 viols sont enregistrés (victimes des deux sexes, dont plus de 6000 faits commis sur des mineurs). 17% seulement de ces plaintes aboutissent à une condamnation aux assises, mais on a vu que de nombreux viols ne sont pas rapportés à la police. Le chiffre de 50 000 viols (femmes de 20 à 59 ans) donné à titre indicatif par l’ENVEFF doit donc être rapporté non pas aux 10’000 plaintes mais aux 4000 plaintes pour viol sur adulte (la plupart concernant des femmes). Le calcul est malheureusement vite fait : 8% des femmes violées porteraient plainte, soit à peine 1 plainte pour 12 viols commis (proportion presque optimiste compte tenu de ce qu’on a vu plus haut). Pour ces plaintes, combien de condamnations ? Entre 1500 et 1800 au total chaque année, dont environ un tiers pour des viols commis sur mineurs de moins de 15 ans. Si 1000 à 1200 condamnés le sont pour des viols sur femme majeure, c’est seulement 1 viol sur 50 qui aboutit à une condamnation (2%). Marcela Iacub écrit noir sur blanc que c’est trop, et que leurs peines sont trop longues. De là à penser qu’à ses yeux le viol n’est pas un acte grave, il n’y a qu’un pas.

On retrouve donc côte à côte Elisabeth Badinter et Marcela Iacub, dont les écrits poursuivent le même objectif : minimiser les violences faites aux femmes et prendre la défense unilatérale des hommes martyrisés (2% des violeurs condamnés, c’est en effet diaboliquement excessif). Et il en va de même des femmes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint.

 


Les femmes tuées par leur conjoint

Dans sa conférence du 16 juin 2005, Elisabeth Badinter revient sur le nombre de femmes tuées, en s’étonnant de voir circuler des chiffres « fantaisistes ». Comme elle l’a déjà fait à outrance dans Fausse route (Odile Jacob, 2003), Badinter se saisit de chiffres controversés en omettant de citer les plus pertinents. Entre 300 et 400 femmes sont victimes d’homicide chaque année (un tiers des tués), mais ce chiffre englobe tous les homicides, que l’auteur soit ou non le conjoint. Jusqu’ici on ne disposait que d’une seule étude (cf. rapport Henrion, 2001), sur un seul institut médico-légal, et qui avait donné lieu à une extrapolation de 72 femmes tuées en 1 an sur toute la France (soit 6 par mois). Depuis, 10 mois avant la conférence prononcée par Badinter, Libération a publié le 9 septembre 2004 des chiffres indiscutables : entre le 29 juin et le 29 août 2004, au moins 29 femmes ont été tuées par leur conjoint. Cette statistique ne porte que sur 2 mois pour la France entière, et toute extrapolation serait périlleuse, mais elle est alarmante. Le rapport Henrion indique que sur les femmes tuées entre 1990 et 1999, la moitié furent tuées par leur conjoint (31%) ou ex-conjoint (20%). Nous ne disposons pas de chiffres officiels, mais on aboutit sensiblement au même résultant en prenant la moitié des femmes victimes d’homicide volontaire et en multipliant le nombre de victimes constaté par Libération (soit 174 par an). Les chiffres convergent.

 


Voir le lien entre les violences sans les mettre sur le même plan


L’enjeu est considérable. Peut-on s’en prendre au sexisme sans être accusé d’être anti-hommes ou de mener une soi-disant « guerre des sexes » ?

Dans ces conditions, il faut de solides arguments pour affirmer que les résultats de l’ENVEFF sont exagérés, surestimés. Or ces arguments sont inexistants chez Elisabeth Badinter, comme chez Marcela Iacub. L’une comme l’autre s’acharnent sur l’indice global de violence conjugale construit par l’équipe ENVEFF, au motif qu’il serait un amalgame. Or d’une part ce chiffre est détaillé précisément dans tous les résultats de l’enquête publiés (notamment sur internet où toute personne de bonne foi peut les trouver), loin de tout amalgame, et d’autre part il est scientifiquement juste de parler d’un continuum des violences.

Il n’est pas possible de tout mettre sur le même plan par principe. Sous prétexte que les violences contre les hommes existent (ce que personne ne conteste), Elisabeth Badinter propose de faire exactement ce qu’elle dénonce avec virulence : un amalgame. Tout dans le même panier et on renvoie victimes et agresseurs dos à dos. Le propos est plus clair encore dans Fausse route, où elle n’hésite pas à s’en prendre aux femmes battues, sous prétexte qu’elles n’ont qu’à partir (p. 83). La notion de « harcèlement moral » est enfin connue et reconnue grâce à Marie-France Hirigoyen. Dans son dernier ouvrage, Femmes sous emprise, les ressorts de la violence dans le couple (Oh ! éditions, 2005), elle explique en détail les mécanismes qui rendent progressivement impossible à la victime de partir. Ce qui paraît irrationnel vu de l’extérieur est en réalité très compréhensible quand on se penche sur le mécanisme, qui consiste à créer une dépendance exclusive. Quand on est persuadé de n’avoir personne d’autre au monde, de ne compter pour personne, de n’avoir nulle part où aller, on ne part pas. Et cela, même lorsqu’on aurait effectivement un endroit où aller, tant certaines relations fonctionnent comme des prisons sans barreau. C’est pourquoi la notion de « continuum des violences », prise en compte dans l’indice global de violence conjugale, est si importante. L’ENVEFF révèle que les ouvrières sont légèrement moins exposées aux violences conjugales que les femmes cadres, c’est dire s’il ne s’agit ni de pauvreté ni de manque d’éducation. C’est de pouvoir qu’il s’agit, et de la satisfaction des désirs de l’agresseur. Les insultes, le dénigrement, les pressions physiques « peu graves » comme les gifles, associées à des périodes de « lune de miel », d’un côté créent une dépendance affective avec le conjoint violent (il m’aime, il m’adore, il sait ce qui est bon pour moi, si je le quitte je lui brise le coeur) et de l’autre côté sape l’amour-propre et la confiance en soi (je n’aurais pas dû l’énerver, c’est de ma faute, il est trop bien pour moi, j’ai tellement de chance qu’il m’aime, je ne le mérite pas). C’est ce qu’on appelle le mécanisme « d’emprise », redoutablement efficace. Il peut passer d’autant plus inaperçu qu’il est déconnecté des autres sphères, professionnelle par exemple, et une femme cadre ayant un statut envié peut fort bien être victime de violences conjugales, alors que tout le monde la croira justement à l’abri de telles agressions. C’est pour cette raison que les différents types de violence ont été regroupés dans un indice global de violence conjugale, qui met en lumière l’emprise et son caractère cumulatif. Les violences « bénignes » préparent les plus graves en sapant la résistance de la victime. Construire un indice global tenant compte des injures autant que des coups, ce n’est pas mettre ces actes sur le même plan, en revanche c’est montrer le lien qui unit ces violences, leur enchaînement.

Evidemment, il ne faut pas faire dire à cet indice ce qu’il ne dit pas. D’une part il est hors de question de croire que tout homme qui a insulté sa compagne finira par la battre ou la violer. A l’inverse toute femme dénigrée ne perdra pas toute estime d’elle-même ni toute capacité de rébellion. Enfin, mettre en lumière ces violences ne leur donne aucune valeur innée. Les hommes ne sont pas plus violents par nature que les femmes seraient victimes en vertu de la génétique. Comme le dit fort bien Elisabeth Badinter dans son allocution, il est question du « droit du plus fort ». Or ce pouvoir est structurellement aux mains des hommes, encore aujourd’hui. La majorité des pauvres sont des femmes (INSEE), 85% des députés sont des hommes, les entreprises sont dirigées par des hommes, l’éducation des filles les pousse plus à l’obéissance et celle des garçons plus à l’affirmation de soi, tandis que toute la société de consommation prépare le passage à l’acte en invitant à assouvir tous les désirs, en particulier les désirs sexuels des hommes. En cela, on peut dire sans se tromper que le sexisme est un système. Et c’est pour cela que dans ce système, ce « droit du plus fort » est concrètement exercé en majorité par des hommes contre des femmes. Il n’y a là aucun instinct ni aucun gène, c’est la société qui tolère, favorise, prépare les violences sexistes, ces « violences de genre » dont Badinter nie l’existence.

Evidemment il y a des exceptions. Prenons l’exemple d’une femme, première actionnaire et présidente du directoire du 4e groupe de communication mondial, il est certain qu’elle s’y connaîtra en « droit du plus fort ». Quand elle est de surcroît philosophe et que la moitié de la presse française vit en partie grâce aux publicités produites par son groupe, on comprend qu’elle n’a aucun mal à diffuser ses théories.

samedi 1er octobre 2005

 

NOTES

i Les violences subies par les filles et jeunes femmes de moins de 20 ans ne sont donc pas comptabilisées, mais on aura à l’esprit qu’elles sont elles aussi exposées.

ii http://www.who.int/violence_injury_prevention/violence/world_report/en/