La VOIX DU NORD déraille

par le bureau des chiennes de garde

 

Monsieur,

La lecture de votre article « Juppé dans les griffes d’une blonde » qui rend compte de la première journée d’audience du procès d’Alain Juppé appelle quelques commentaires.

Auriez vous osé l’intituler " Juppé dans les griffes d’une noire " ?

Une juge stigmatisée d’un qualificatif sexiste qui la réduit à sa chevelure de femme " blonde " est-elle moins crédible qu’un juge masculin moustachu ?

Ce titre, insinuant qu’un procès peut être une affaire personnelle entre un juge et un prévenu, n’est pas digne du sujet que vous traitez et dénote des supputations quant à un éventuel sentiment de persécution d’Alain Juppé à l’égard des femmes ce qui est tout aussi déplacé qu’invérifiable.

Les compte-rendus d’audience nous font généralement grâce de détails physiques concernant la personne qui instruit le procès. De même ils ne s’étonnent pas qu’un juge fasse preuve d’assurance et " ne soit pas intimidé pour deux sous ". Comment peuvent -ils nous faire passer à côté d’une information essentielle, telle que le juge " n’en perd pas un mot " ?

Autant de détails que vous n’avez pas omis et dont vos lecteurs jugeront de la pertinence, vos lecteurs qui ont eu droit à un scoop en lisant que " blondes ou brunes, les présidentes sont tenaces " !

Etre juge, femme, blonde, qualifiée et pleine d’assurance est-ce redhibitoire ?

Nous chiennes de garde sommes indignées de ces discriminations machistes : ramener une magistrate à sa couleur de cheveux dénote un comportement sexiste. Sous entendre qu’unE juge n’est qu’une marionnette placée là pour faire joli, et sujette à des humeurs aléatoires envers le prévenu, parce que femme, c’est infâmant pour sa fonction et pour son sexe.

Les journalistes, qu’ils soient blonds, bruns, roux , chauves..., ont en général à cœur de relater objectivement des faits, savent considérer les gens qui exercent leurs fonctions, quel que soit le sexe auquel ils appartiennent, comme des professionnel-le-s.

Nous espérons qu’après votre découverte qu’une juge n’a rien à envier à un juge , vous penserez à faire de même dans un souci évident de respect des individus, de leur fonction et de leur travail sans égard de sexe, et à relater des audiences ce qui relève de l’affaire elle-même et est donc susceptible d’intéresser vos lectrices et vos lecteurs. Nous sommes en droit d’attendre des professionnels de la transmission de l’information un auto contrôle propre à éliminer tout propos sexiste.

En attendant la loi qui s’impose pour les y contraindre.

lundi 18 octobre 2004