Un panorama historique du féminisme

par Mathieu

 

Voici la retranscription de l’allocution prononcée le 8 mars 2004 durant la conférence "les combats féministes d’hier et d’aujourd’hui", organisée par l’association Avenir-Nepad, dans le cadre de La Semaine des Femmes, à l’IEP de Paris.

C’est un plaisir de participer à cette conférence, pour parler justement de ce qui se passe sous vos yeux. Nous sommes dans le cadre de la 4e Semaine des femmes organisée par Les Sciences Potiches Se Rebellent, et je suis là pour parler des héritages féministes, de la culture et la tradition féministe. Les traditions elles se créent, elles s’entretiennent, et c’est justement ce que des semaines comme celle-ci sont en train de faire. Bravo donc et merci.

Le mot féminisme est assez récent à l’échelle de l’histoire, ce qui ne signifie pas qu’il n’y avait pas de féministes avant. Il naît d’ailleurs d’une ambiguïté qui illustre terriblement bien notre mauvaise réputation. Le mot apparaît d’abord en médecine pour désigner une pathologie, une maladie, le fait pour un homme d’avoir des signes apparents de féminité. Donc, au départ l’invention du mot féminisme correspond à quelque chose de mal, d’anormal, qu’il convient de corriger. Et pas n’importe quelle anormalité : la transgression de la frontière des identités sexuées. Le mot change de sens au 19e siècle. On l’a longtemps attribué au théoricien et socialiste utopique Charles Fourier. Aujourd’hui on attribue plutôt la maternité du mot « féminisme » à Hubertine Auclert, dans les années 1880.

Je n’ai ni le temps ni les compétences pour traverser des millénaires de féminisme en détail ni parcourir tout le globe. Je vais donc m’appuyer sur l’exemple français que je connais un peu mieux, en mettant l’accent sur quelques grands axes de compréhension du féminisme. D’abord, j’insisterai sur la continuité historique des féminismes, à travers les années, les décennies, et même les siècles. Le temps des ancêtres. Ensuite, je ferai un sort à la mixité et la non-mixité, thème important qui nous emmène sur le chemin du dé-conditionnement. Enfin, je m’efforcerai de donner une typologie des revendications et combats féministes depuis un siècle et demi. Et je m’arrêterai quand le mouvement actuel commence à prendre forme, dans les années 70, et je laisserai à une autre oratrice le soin de parler de la période actuelle.

Des ancêtres féministes, de tout lieu et de tout temps

Le corpus féministe, théorique et scientifique, est vraiment énorme. La bibliographie du site des Chiennes de Garde fait plus de 800 titres et elle est pourtant très incomplète et très parcellaire. En lisant l’une ou l’autre des auteures citées ci-dessous, ou de la bibliographie de notre site, on est frappé-e par la solidité et l’importance des réflexions et travaux féministes. Faites-en vous-même l’expérience vous ne serez pas déçu-e.

On trouve souvent, ici ou là, des féministes actuelles qu’on cherche à classer historiquement. Suis-je un représentant de la 3e ou de la 4e vague féministe ? Et par rapport à quelle « première » vague alors ? En vérité il faut certainement remonter bien plus loin qu’à l’entre-deux-guerres.

Vous connaissez peut-être certains des grands noms invoqués comme ancêtres féministes. D’abord, prenons la Grèce antique, si riche en philosophes et période fondatrice de tant de pensées. Socrate avait coutume de discuter, avec le plus grand respect, avec la compagne de Périclès, Aspasie, que Platon appelait « maître ». Le masculin de ce mot ne doit pas masquer la part d’admiration qu’on peut y lire.

Au Moyen-âge, un nom sort du lot, Christine de Pisan, auteure d’essais à commencer par La cité des dames, paru en 1405 et réédité en français moderne chez Stock. Si elle exalte les qualités des femmes, La cité des dames reste un texte profondément marqué par la morale chrétienne de son époque, et Christine de Pisan ne manque pas d’enjoindre aux épouses de tout faire pour se satisfaire de leur mari, et toutes les femmes à être des modèles de vertu. On est encore loin des années 1960, mais du moins les femmes sont décrites avec déférence et souvent admiration dans ce texte, ce qui n’est pas rien. Christine de Pisan n’en reste pas moins une femme qui n’est pas restée « à sa place », mais est intervenue dans le débat public. Elle rédige un essai contre « le roman de la rose », dont elle dénonce notamment la misogynie, et s’est mêlée de politique dans des essais destinés au roi de France et à la reine, et a ardemment défendu la nécessité de prodiguer un enseignement aux filles. A une époque où les écoles sont rares, ce n’est pas un engagement anodin.

Gabrielle Suchon, nonne défroquée, penseuse dont vous trouverez un essai édité en français moderne aux éditions Arlea, a vécu de 1632 à 1703. Vous en trouverez des commentaires dans le très remarquable livre de Michèle Le Doeuff, Le sexe du savoir. Gabrielle Suchon pense l’inégalité en termes individuels, selon elle il y a « inégalité de talents entre les personnes », mais indépendamment du sexe. Autant dire, si l’on explicite, que certaines femmes sont intellectuellement mieux dotées que certains hommes. Dans le contexte d’exclusion des femmes à l’époque, encore interdites d’université, une telle parole de bon sens n’avait rien d’évident en plein 17e siècle. A la même époque, Madeleine de Scudéry propose un projet de société mixte, et toujours au 17e, un homme, Poullain de la Barre, engage fermement sa pensée pour l’égalité des sexes.

C’est au point qu’on devrait être étonné du peu d’influence des idées égalitaristes au 18e siècle. Condorcet, un homme encore, s’exprime clairement pour l’égalité. La période révolutionnaire est riche de femmes engagées. Si Olympe de Gouges, dont on vient de donner le nom à une place parisienne le 6 mars 2004, est désormais célèbre pour sa « déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », elle n’est pas seule à se dresser, courage que De Gouges paya de sa vie sur l’échafaud. Théroigne de Méricourt fonde un club en 1790, et déclare en 1792, « brisons nos fers, il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité, où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis longtemps ». Le 6 mars 1791, Pauline Léon demande l’accès des femmes au service militaire, par la création d’une garde nationale féminine. De nombreuses femmes ont joué un rôle important dans la Révolution Française en essayant de la faire pencher vers une république égalitaire, et beaucoup ont subi une répression sévère. Impossible de quitter le 18e sans citer l’anglaise Mary Wollestonecraft, qui défendit si bien l’idée que femmes et hommes n’ont pas de vertus ni d’attributions spécifiques. S’il existe des noms à retenir, en voilà bien un. A vindication of the rights of women paraît en 1792.

Les résistances machistes sont souvent les plus fortes, encore au 19e siècle. Flora Tristan, figure d’un socialisme engagé, prône à la fois une solidarité internationale et entre les sexes et promeut l’auto-organisation des « femmes libres ». A sa mort en 1844 cet espoir reste déçu. Du moins meurt-elle avant l’humiliation de 1848. A la proclamation de la IIe République, on abolit l’esclavage et annonce un « suffrage universel » qui est en réalité exclusivement masculin donc tout sauf « universel ». Pourtant les femmes ne restent pas sans réaction, qu’il s’agisse de Pauline Roland, Eugénie Niboyet, Jeanne Deroin, Désirée Gay, et bien d’autres.

Nous voilà en 1848, et déjà la nouvelle République ne tient pas ses espoirs démocratiques. On va bientôt entrer dans l’ère moderne du féminisme, consacrée par le naissance de ce mot. J’y reviens dans quelques instants. Mais je tenais à montrer que le féminisme a une histoire ancienne et riche, avant d’entrer un peu plus dans les combats contemporains.

Une lutte mixte

La non-mixité a toujours été l’exception, une exception légitime imposée par les événements. Benoîte Groult, figure importante du féminisme français et femme de lettres, a publié il y a déjà longtemps un livre sur Le féminisme au masculin, qui revient précisément sur les engagements égalitaristes de Poullain de la Barre, Condorcet, Charles Fourrier, ou John Stuart Mill.

Comment comprendre un tel livre, et comment comprendre ma présence en ce moment même à cette tribune, ou encore le fait que j’aie adhéré aux Sciences Potiches Se Rebellent dès 1995 et que je sois un des responsables des Chiennes de Garde ?

La non-mixité a toujours été l’exception dans le féminisme. Cette non-mixité résulte d’abord de l’exclusion des femmes des lieux de pouvoir, des lieux politiques. D’où les clubs de femmes durant la Révolution. Au tournant du 20e siècle, les mouvements qui se créent sont mixtes. C’est toujours le cas aujourd’hui, comme il y a un siècle. La non-mixité s’est surtout développée dans l’après Mai 68, quand les militantes se sont heurtées à une hostilité des militants hommes frisant le sabotage. Lorsqu’un grand meeting féministe est organisé à Vincennes en 1970, des militants hommes créent une telle perturbation que les militantes se convainquent de devenir un mouvement non-mixte. Par la force des choses et sans préméditation idéologique (sauf pour certaines). Aujourd’hui encore il existe des associations et des lieux non-mixtes, pour une multitude de raisons. Mais la mixité a toujours existé, même dans les années 70, et hormis durant cette décennie elle est et a toujours été la majorité des cas.

Les grands types de revendications et combats

je vous propose une typologie approximative illustrée d’exemples épars :

6 grands domaines, avec souvent une succession chronologique des combats de la manière suivante : le droit à l’éducation le mariage égalitaire et le divorce le droit au travail les droits civiques et politiques les droits sexuels et reproductifs les violences sexistes

Le droit à l’éducation : En france ça commence sous le second Empire, et la première bachelière est Julie Daubié. Elle obtient le baccalauréat le 17 août 1861, à 37 ans. Elle l’a préparé seule et ce n’est que justice que des écoles portent aujourd’hui son nom. Les années 1860 sont déterminantes dans l’ouverture de l’éducation aux filles, dans plusierus pays. En France, en 1862 Elisa Lemonnier fonde une école professionnelle pour les femmes pauvres, et une deuxième en 1864, dirigée par Clarisse Sauvestre. Voilà donc des femmes qui prennent les devants pour fournir une éducation aux filles. Mais un enseignement professionnel, pour l’instant. Toujours en 1864 est fondée en Belgique une association pour l’enseignement professionnel des femmes. Comme en France, on ne forme encore guère que des « mères de famille » et de bonnes gestionnaires du foyer. Le droit à l’éducation des filles est acquis peu après mais foncièrement inégalitaire. L’enseignement secondaire des filles et créé en France en 1880 par la loi Camille Sée, mais n’oublions pas que les programmes scolaires ne deviennent les mêmes pour les filles, ainsi que les épreuves du baccalauréat, qu’en 1924 !

En Belgique, dans les années 1860 ce sont des groupes privés et des collectivités locales qui introduisent l’éducation laïque des filles. En Angleterre, les filles et les femmes ont d’abord le droit d’avoir des cours à Cambridge et de passer des examens intermédiaires en 1865, avant d’avoir le droit de présenter des grades universitaires. C’est en 1875, 10 ans plus tard, que les colleges anglais peuvent enfin décerner des diplômes aux femmes. A Zurich les premières étudiantes sont admises en 1865, les premières diplômées d’université en Suède sortent en 1873, 1875 au Danemark, 1878 en Italie, et 1885 en Belgique. En 1900, la France compte 27 000 étudiants mais seulement 624 étudiantEs.

Anne-Marie Käppeli désigne comme « 3e génération des leaders féministes » celles du tournant du 20e siècle. Dans cette vaste génération née entre 1840 et 1880, elle identifie de nombreuses institutrices, d’Helene Lange et Clara Zetkin en Allemagne à Linda Malnati ou Maria Giudice en Italie. Autant les féministes cherchent à développer l’éducation des filles, autant cette éducation permet d’avoir des militantes mieux formées et plus efficaces.

Avec l’éducation vont des questions économiques, et les associations d’institutrices justement ont été parmi le premières à revendiquer un salaire égal à travail égal.

J’ai cité en deuxième le suffragisme. Savez-vous quel est le premier pays où les femmes votent ? La Nouvelle Zélande. En 1893. Et ensuite, La Finlande, en 1906. La suite vous la connaissez, le droit de vote des femmes est adopté en Allemagne 1918 (puis supprimé pendant le IIIe Reich), aux Etats-Unis en 1920, en Grande Bretagne en 1928 (d’abord avec une limite d’âge supérieure à celle des hommes), et en France seulement en 1944. Pas glorieux. Un cas étonnant, pour un pays où les femmes votent depuis longtemps dans certains cantons : les femmes ne votent en Suisse au niveau fédéral que depuis 1971. Une aberration de la démocratie.

Cette revendication est portée par les féministes depuis le 18e siècle, et la participation éminente de femmes aurait pu vaincre les résistances, que ce soit durant la Révolution Française, échec, ou en 1848 quand la IIe République française a cyniquement proclamé le « suffrage universel », strictement masculin, ou durant la Commune où Louise Michel s’illustra. C’est en vain que Jeanne Deroin essaie de se présenter aux législatives de 1849. Les mouvements de femmes, que ce soit au 18e siècle, en 1830 ou en 1848, sont pourtant très actifs. Mais ça n’a pas suffi. Pas encore.

Le droit de vote des femmes est défendu par des organisations nombreuses. Une campagne est menée à Cuba en 1869, vous avez bien entendu, 1869. Au Brésil un mouvement suffragiste est lancé en 1906, et il obtient satisfaction en 1932. Dans toute l’Amérique Latine des mouvements suffragistes mènent campagne dans les années 1920 et 1930.
Ce mouvement mondial trouve un large écho en Europe, d’abord en Grande Bretagne où la NWUSS est fondée en 1878, qui compte 100’000 membres en 1914. A cette date, l’Union française pour le suffrage des femmes, créée en 1909, n’a que 12’000 membres. Les noms ? Millicent Fawcett en Angleterre, ainsi que la militante féministe Emmeline Pankhurst et ses deux filles, Bertha Lutz au Brésil, et en France le suffragisme est porté par des figures comme Madeleine Pelletier. Le suffrage féminin est aussi défendu par des associations plus larges comme l’Association pour le droit des femmes, cofondée en 1870 par Maria Deraisme et Léon Richer, qui fonde en 1882 la ligue française pour le droit des femmes, dont il prend la présidence.
La première association française suffragiste est fondée en 1876 par Hubertine Auclert. Celle de 1909 n’a donc rien d’une nouveauté, mais elle permet de rappeler que l’union française a été cofondée par une certaine Cécile Brunschvicg, arrière-grand-mère de votre actuel directeur de la communication de Sciences po, devenue secrétaire d’Etat en 1936 dans le gouvernement Blum (avec Irène joliot-Curie et Suzane Lacore) et qui eut le courage assez rare de prendre le maquis en 1940. Excusez du peu.
Les campagnes vont parfois assez loin. Des bureaux de vote sont perturbés, mais ce n’est rien au regard de ceci : en 1913 une militante anglaise, Emily Wilding Davison se jette sous le cheval du roi lors du Derby, avec la bannière de son association féministe, la WSPU de Pankhurst, pour attirer son attention sur les inégalités sexistes. On ne peut pas dire que les féministes ont manqué ni de courage ni de radicalité, ni de constance dans leurs efforts. Malgré cette détermination la avancées sont lentes, à la mesure des résistances.

En même temps que le suffragisme, c’est le féminisme qui se structure dans ces années du tournant du siècle. L’alliance Internationale pour le Suffrage Féminin, AISF est fondée à Berlin en 1904, 21 pays assistent au congrès de 1909, et 42 pays sont représentés en 1926 à Paris.

L’internationalisation a même commencé plus tôt, en 1878 quand les Françaises profitent de l’exposition universelle pour organiser le premier Congrès international du droit des femmes. En 1888 est fondé le Conseil International des Femmes, par des Américaines, avec des représentantes de 7 pays. Le nombre de pays représentés passe à 35 en 1893. Le congrès de 1914 réunit 3000 personnes.

Des journaux et revues permettent de diffuser les idées féministes, sur le droit de vote mais aussi sur tous les domaines de l’égalité. Marguerite Durand crée La Fronde, en 1897. Pour qu’on ne puisse pas dire que la qualité du journal tiendrait aux hommes de l’entreprise, il n’y a que des femmes qui y travaillent, de la rédactrice en chef jusqu’aux typographes. En cédant ses archives à la ville de paris en 1931 elle a été à l’origine de la Bibliothèque qui porte son nom dans le 13e arrondissement.
Après la 2e Guerre Mondiale, de nombreuses lois restent à obtenir : droit à la contraception, obtenu en 1967 en France, droit à l’avortement obtenu en 1974 pour 5 ans puis pérennisé en 1979, et il a fallu rebatailler en 79 pour maintenir ce droit. Mais également réforme de la loi sur viol en 1980, et loi sur l’égalité des salaires, en 1983. Le harcèlement sexuel est pénalisé en 1992, 12 ans après que le viol conjugal aie été reconnu par la loi.

Les droits sexuels et reproductifs : Quand on parle de conquête des droits, c’est de tout cela qu’il s’agit. Et il a souvent fallu des décennies pour obtenir satisfaction malgré la mobilisation. C’est vrai pour le droit de vote, mais aussi pour la contraception et l’avortement. En France la loi de 1920 pousse le natalisme jusqu’à pénaliser la « propagande anticonceptionnelle ». En réponse, la même année Nelly Roussel demande aux femmes de faire « la grève des ventres ». Par cette grève, elle entendait porter ce qui fut l’une des principales revendications des militantes des années 70 : « nous-mêmes, notre corps », ou encore « notre corps nous appartient ». Le mouvement « maternité heureuse » a été créé en 1956, puis le Mouvement Français pour le Planning Familial, fondé en 1958 et aujourd’hui présidé par Maïté Albistur. Le 5 avril 1971, lorsque 343 femmes, connues et inconnues signent ensemble un manifeste publié dans le Nouvel Obs disant « je reconnais avoir avorté », elles prennent toutes le risque d’être emprisonnée.

De tels coups d’éclat, de telles marques de courage, frappent évidemment les esprits. Elles sont à la hauteur de la répression prévue par la loi. Aujourd’hui le sexisme est plutôt dans la difficulté de faire appliquer la loi et dans les mentalités. Cela ne veut pas dire que le sexisme soit moins prégnant ni moins dangereux, et si la répression du féminisme est moins policière, il n’est pas pour autant plus facile de se faire entendre.
On voit que les racines puisent loin dans le temps, et partout. La mobilisation connait des hauts et des bas, mais elle ne cesse jamais et il y a des féministes sur le pont. Il est important d’avoir à l’esprit cette tradition, cette ancienneté du combat qui est le nôtre et qui nous donne encore plus de fierté à nous revendiquer féministes.

Parce les résistances sont puissantes, parce la mobilisaiton n’est pas facile à mener jour après jour, il faut insister sur deux dates qui sont déterminantes pour le féminisme actuel.
L’UNESCO déclare 1975 « année internationale des droits de la femme » (on aurait préféré un pluriel à femmes, moins essentialisant). Année de nombreux congrès, année de prise de conscience mondiale aussi. Je cite Naty Garcia Guadilla : « l’Amérique Latine n’a connu que des mouvements de femmes très marginaux avant 1975. L’année internationale des droits de la femme a suscité une prise de conscience des gouvernements latino-américains. Ceux-ci ont participé à la grande « kermesse » de Mexico, dans le cadre de commissions féminines dont les membres avaient été soigneusement choisis par les autorités. La « libération » des femmes est, dans une telle perspective, une forme de « modernisation » imposée par le haut, de manière prudente, et soutenue par les femmes des classes dirigeantes des pays concernés. »
Elle ajoute plus loin « comme partout en Amérique latine, la réflexion sur les problèmes de la sexualité (avortement, jouissance, homosexualité) demeure tabou et est qualifiée de « déviation petite-bourgeoise ». » Pourtant, nombre des leaders de ces mouvements ont participé à des mouvements de femmes en France et en Italie. Au passage j’insiste sur la similitude très forte des féminisme français et italiens des années 1970.

1995 : 2e date importante. À l’occasion de la conférence mondiale de Pékin, la mobilisation reprend de plus belle. En France ont lieu des états généraux des droits des femmes, le Collectif National pour les Droits des Femmes est créé, et le 25 novembre nous avons été 50’000 à défiler joyeusement dans les rues de Paris. En 1995, la conférence de Pékin est préparée dans tous les pays par la Marche Mondiale des Femmes, une organisation de dialogue international et d’échanges féministes, qui existe toujours. Vingt ans après, 1995 a relancé considérablement la mobilisation féministe internationale, et depuis cette date de nombreuses associations ont été créées en France, notamment les Chiennes de Garde en 1999.

C’est sur cette note positive de mobilisation et de vitalité du féminisme que je termine cette trop rapide évocation, en vous invitant à vous intéresser de plus près à notre diversité et nos luttes.

Bibliographie utilisée :

Paola Camesasca, Marta Losito, Delia Valenti, Anne-Marie Verne, « Autonomie politique du féminisme italien », Les Temps Modernes, n°385-386, aout-septembre 1978.
Georges Duby, Michelle Perrot (s.d.), Histoire des femmes, Plon, 1991, tome 4.
Geneviève Fraisse, Les femmes et leur histoire, Gallimard, 1995.
Naty Garcia-Guadilla, « Le ’machisme’ et ’l’embrisme et les mouvements de femmes en Amérique latine », Les Temps Modernes, n°388, novembre 1978.
Eliane Gubin, Catherine Jacques, Florence Rochefort, Brigitte Studer, Françoise Thébaud, Michelle Zancarinni-Fournel (dir.), Le siècle des féminismes, Editions de l’Atelier, 2004.
Michèle Le Doeuff, Le sexe du savoir, Flammarion, 2000.
Michèle Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, collection « repères », la Découverte, 2002.

lundi 15 mars 2004