Marcela Iacub contre les somnambules

par le bureau des chiennes de garde

 

Dans le n° 2088 du Nouvel Observateur du 10 novembre 2004, « les Chiennes de Garde » sont accusées d’avoir harcelé Marcela Iacub par lettre et coups de fils à son domicile. Soit une potion hypnotique nous a fait perdre tout souvenir de ces agissements, soit nous sommes, sans le savoir, de dangereuses somnambules capables de tout une fois le sommeil venu. Les Chiennes de Garde, qui sont nées pour lutter contre les injures sexistes et qui participent activement à la lutte contre toutes les violences faites aux femmes, n’ont pas pour habitude de pratiquer le harcèlement, nous réprouvons ces actes, et s’il devait s’avérer que des membres de notre association les aient commis, nous nous en désolidarisons entièrement. Nous sommes même prêtes à défendre Marcela Iacub si elle venait à être attaquée de manière sexiste.

Puisque nous sommes la seule association citée dans cette interview violemment critique, nous devons donc préciser un certain nombre de choses. D’abord, le soi-disant « victimisme » dont Mmes Iacub et Badinter tancent en bloc « le féminisme français » (ignorant ainsi combien il est pluriel et varié) ne tient pas debout. Etre reconnue en tant que victime, ce n’est pas quémander de la commisération, mais demander à être crue. Chaque fois que le crime de viol est déqualifié en délit d’ « agression sexuelle », on traite la victime de menteuse et on lui dit à sa place ce qu’elle a vécu. Etre une victime n’empêche pas d’être dans une position active et combattante, c’est tellement vrai que la regrettée Samira Bellil a justement dû se battre pour qu’on accepte enfin de la reconnaître comme victime. De nombreuses femmes plus anonymes mais aussi courageuses démontrent chaque jour sur notre forum ou ailleurs qu’être victime n’est pas une fin en soi et n’empêche pas d’être forte et agissante.

Ce qui nous choque nous, ce n’est pas qu’on mette des violeurs en prison, mais que seulement 17% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation pénale. Par comparaison, environ la moitié des meurtres aboutissent à une condamnation. Si les violeurs sont nombreux en prison, c’est uniquement parce que plus de 50’000 viols sont commis chaque année (Enveff, 2000), contre un millier d’homicides recensés par la police (Min. Intérieur, Min. justice). Malgré cela, Iacub prétend que nous voulons « surprotéger les femmes ». Avec 3% de violeurs condamnés, pensez donc.

Le discours de Marcela Iacub revient à demander aux victimes de se taire. Nous, au contraire, nous mettons à disposition des femmes un espace de liberté, le forum de notre site internet, où l’on peut exprimer ses idées même lorsqu’elles ne sont pas celles de notre association ou pour nous critiquer. Voilà ce que Marcela Iacub appelle « parler au nom des femmes ».

Enfin, on appréciera à sa juste saveur combien la pourfendeuse du « victimisme », madame Iacub, se présente comme une persécutée. Victime de harcèlement, dit-elle, mais en 2001 c’est elle qui a demandé à deux personnes de quitter son séminaire avant qu’elles aient pu intervenir. Le motif ? Avoir critiqué les travaux de la maîtresse de conférence.

Voilà une juriste, discipline pointilleuse s’il en est, qui ne daigne nous donner ni fait précis ni la source de ses informations. Que le Collectif National pour les Droits des Femmes, dont nous sommes membre, ait diffusé des communiqués contre les lois favorisant le retour des femmes au foyer ou fragilisant leurs retraites, que nous ayons manifesté en mars contre les régressions sociales infligées aux femmes, ne l’empêche pas de nous accuser du contraire. Il suffit pourtant de lire nos positions, au lieu d’en inventer de fantaisistes.

Mais certaines préfèrent se tailler une réputation médiatique en nous faisant passer pour ce que nous ne sommes pas. Dire à une société sexiste qu’elle ne doit pas écouter les féministes, quel courage en effet, et voilà qui méritait bien qu’on la qualifie de « grande balayeuse de préjugés » (sic).

Les Chiennes de Garde n’ont pas obtenu de droit de réponse, malgré la gravité des allégations qui nous visent, mais seulement un court rectificatif paru dans le n° suivant.

mercredi 10 novembre 2004