mercredi 7 janvier 2004

Lettre au CSA
lettre de protestation commune au CSA,
avec d’autres signataires féministes

 

 

A Monsieur Dominique BAUDIS Président du C.S.A 39 quai André Citroën 75015 PARIS

Paris, le 27 décembre 2003

Objet : Diffusion sur ARTE de "Profession féministe : protestation pour atteinte à la dignité de la personne, non respect de la libre expression des courants de pensée et d’opinion, incitation à la haine et à la discrimination sexistes.

Monsieur le Président,

Malgré quelques changements de dernière minute (1), la diffusion sur ARTE, les 9 et 15 décembre 2003, du document filmé "Profession : féministe" porte gravement atteinte à la dignité et à l’honneur de celles qui luttent depuis plus de trente ans pour le respect des droits des femmes, en France, en Europe et dans le monde. D’abord annoncé dans la presse sous le titre de "Chiennes d’arrière-garde ?", le film, qui débute par une séquence montrant des chiens tenus en laisse exhibe d’entrée son parti pris : rabaisser et déshumaniser, au-delà même des féministes, les femmes.

Nous tenons à vous faire part de notre indignation pour la diffusion de ce film misogyne et destructeur qui contrevient à toutes les règles déontologiques du journalisme garantissant la protection de la personne.(2)

La réalisatrice a usé de "moyens déloyaux" pour obtenir la participation des intervenantes. Elle leur a dissimulé le titre prévu de l’émission commandée par ARTE : " Les féministes sont-elles des chiennes d’arrière-garde ?", et leur a présenté mensongèrement son projet comme un documentaire sur l’histoire des luttes féministes.

Des séquences enregistrées ou filmées, à l’insu de certaines des participantes ou malgré l’opposition expresse de l’une d’entre elles, ont été abusivement insérées dans le film ainsi qu’un faux dialogue polémique entre deux personnes interviewées de façon séparée.

Le traitement de l’image manifeste l’intention délibérée d’abîmer les participantes au moyen de manipulations techniques grossières, voire d’images subliminales souvent accompagnées de commentaires injurieux, destinés à marquer négativement l’imaginaire.

Enfin, le reportage porte atteinte à la liberté d’expression des personnalités interviewées : point n’est besoin d’avoir assisté au tournage pour voir que le montage dénature leurs propos, les censure ou les rend inaudibles. L’intention infamante ne saurait s’abriter derrière une prétendue "impertinence". Tout notre combat de trente ans, du droit à l’IVG, à l’égalité matrimoniale, parentale, professionnelle, jusqu’à la parité, est volontairement défiguré ; un combat relayé par une politique d’État, de droite comme de gauche, et qui a fait de la France un modèle en Europe ,(3) un combat plus que jamais actuel et vital pour notre démocratie.

Et c’est à l’évidence en raison du sexe - il s’agit ici des femmes - que s’exerce l’atteinte. Peut-on imaginer un seul instant des mouvements contre le racisme, l’antisémitisme ou la xénophobie avilis de cette manière ? Aucun autre mouvement luttant pour les droits de l’Homme - dont les droits des femmes font partie intégrante et indivisible (4) - , aucun mouvement politique, social ou culturel, ne pourrait faire l’objet d’une telle présentation mensongère, d’une telle incitation à la haine, sans qu’aussitôt s’élève la colère de tous les démocrates.

Le Président de la République vient de réaffirmer, le 17 décembre 2003, sa volonté de garantir le respect de la dignité des femmes et de lutter contre le sexisme. C’est là un axe prioritaire du gouvernement avait indiqué, le 26 novembre 2003, la Ministre de la Parité.

Au nom des milliers de femmes qui ont été blessées et humiliées par cette atteinte à leur image, à leur expression, à leur dignité et à leurs droits, dont vous êtes ici le garant, nous nous tournons vers vous pour vous demander de rappeler la chaîne ARTE à ses obligations.

Nous comptons sur votre intervention ferme et rapide et vous adressons, Monsieur le Président, l’assurance de nos sentiments distingués.

(1)à la suite des actions engagées par Antoinette Fouque et l’association « Les chiennes de garde », (2)"Un journaliste (...) tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le mensonge, pour les plus graves fautes professionnelles. (...)Il s’interdit d’user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque". (Charte des devoirs professionnels des journalistes français) (3) La France allie l’un des plus forts taux d’activité professionnelle des femmes et le plus fort taux de natalité de l’Union Européenne (4) Conférence des Nations-Unies sur les Droits de l’Homme, Vienne, 1993.

 

signataires :

Lobby Européen des Femmes regroupe 3000 associations de femmes dans l’U.E. 18, rue Hydraulique 1210 Bruxelles - Belgique

Groupe Européen des Femmes Diplômées d’Universités (Fédération) C/o Karine Henrotte 99 avenue de Thiervaux 4802 Hensy - Belgique

Red Ciudadanas de Europa (RCE) (Fédération) Potosí, 4, 3ºB 28016 Madrid - Spain

Soroptimist International 11 rue Clément Ader 71100 Chalon sur Saône

Alliance des Femmes pour la Démocratie 5, rue de Lille - 75007 Paris

Assemblée des Femmes 59 rue Sébastien Mercier 75015 Paris

Les Chiennes de garde 35, rue des Francs Bourgeois 75004 PARIS

Coordination pour le Lobby Européen des Femmes (Fédération) 6 rue Béranger - 75003 Paris

Elles aussi (Fédération) 98 rue de l’Université 75007 Paris

Fédération IFAFE (Initiatives de Femmes Africaines de France et d’Europe) 21 rue des Cuverons 92220 Bagneux

Forum Femmes Méditerranée 74, rue Longue des Capucins 13001 Marseille

Grande Loge Féminine de France 60 rue Vitruve - 75020 Paris

Grain de Sel-Rencontres 27, rue Château Landon 75010 PARIS

MAPP (contre la pornographie, la prostitution et les violences sexistes) - B.P.215 75226 Paris Cedex 05

Union Contre le Trafic des Êtres Humains 16, rue Cassette - 75006 Paris