Marie Trintignant victime des coups de son compagnon

par les Chiennes de garde

 

En France, chaque mois, 6 femmes meurent sous les coups de leur mari ou compagnon.

Ce mois-ci, Marie Trintignant a été victime de cette violence.

Les Chiennes de Garde sont extrêmement touchées par le drame que vivent actuellement les proches de l’actrice française. Cette souffrance nous rappelle à tou-te-s que le sexisme est une violence qui tue et blesse les femmes, en France et partout dans le monde, chaque mois, chaque semaine, chaque jour. Les Chiennes de Garde dénoncent ces violences. Elles dénoncent également la façon dont les média présentent parfois ces drames. En effet, le langage employé par certains d’entre eux vise à minimiser les crimes commis, déresponsabiliser les coupables et parfois même accabler les victimes.

Mercredi 30 juillet au soir, par exemple, le journal télévisé de 20h de France 2 annonçait pour décrire les violences subies par Marie Trintignant : « Une dispute a éclaté, des mots et des coups ont été échangés entre les deux amants, la comédienne a été laissée inanimée jusqu’au petit matin ». Dans plusieurs journaux de la presse écrite, on pouvait lire : « Marie Trintignant victime d’une querelle. » Aujourd’hui encore, certains journaux déclarent : « Marie Trintignant a été victime d’un drame passionnel. »

Décrire les violences infligées aux femmes par leur compagnon d’une façon minimisée (« bousculée par son compagnon »), déshumanisée (« victime d’une querelle ») ou égalitaire (« coups échangés ») est un moyen de déresponsabiliser les hommes qui perpètrent de tels crimes. Lorsqu’on dit « des coups ont été échangés », cela laisse à penser que les deux personnes ont subi des blessures de même nature. Or, il n’en est rien. L’une est dans le coma entre la vie et la mort. L’autre est indemne et sur le banc des accusés. Lorsqu’on dit « Marie Trintignant a été victime d’une dispute », on pourrait aussi bien dire qu’elle a été victime d’un tremblement de terre. Une dispute n’a pas de visage, et pas non plus d’humanité. Lorsqu’on emploie des mots affaiblis comme « bousculée » ou « querelle », on oublie simplement qu’on ne meurt pas d’une querelle. On meurt de coups portés par un agresseur, ayant entraîné une hémorragie cérébrale. On meurt aussi d’avoir été laissée inanimée pendant plusieurs heures parce que l’agresseur n’a pas immédiatement appelé les secours. Enfin, il ne saurait être question d’assimiler un acte de violence à l’expression d’un sentiment amoureux. Il est temps que le cliché sexiste du « drame passionnel » disparaisse.

Les femmes sont doublement victimes. Une première fois, de la violence physique des hommes agresseurs. Une seconde fois, de la négation de ce qu’elles ont subi, violence verbale subtile qui insulte la mémoire de celles qui meurent sous les coups. Décrire des agressions dans des termes aussi vagues, c’est nier la réalité et refuser de désigner clairement l’agresseur. C’est également sous-entendre que l’homicide est de la faute des femmes elles-mêmes (scénario : « elle l’a bien cherché ») ou qu’il est de la faute à pas de chance (scénario : « victime de violences conjugales »). Il est trop peu souvent rappelé que l’homicide est de la faute des hommes agresseurs et qu’en France, chaque mois, six femmes meurent sous les coups de leur compagnon. La violence machiste a encore de beaux jours devant elle.

Les Chiennes de Garde apportent leur soutien aux proches de Marie Trintignant et souhaitent que l’enquête judiciaire se poursuive en toute sérénité afin que les faits soient pleinement mis en lumière. Par ailleurs, elles souhaitent que les média tiennent compte de la réalité des violences conjugales. Dans l’immense majorité des cas, ces violences impliquent non pas deux protagonistes égaux, mais bel et bien une victime rouée de coups et un agresseur indemne.

Marie Trintignant est décédée ce matin. Nous pensons très fort à elle.

Les Chiennes de Garde, 1er août 2003