vendredi 7 mars 2003

Soirée-meeting
meeting/étape de la Marche des femmes des quartiers
à Ste Geneviève des bois

par Sporenda

 

Je suis allée hier soir (6.03.03) au meeting/étape de la Marche des femmes des quartiers à Ste Geneviève des bois. Isabelle Alonso, Fadela Amara et Samira Bellil, l’auteure de "dans l’enfer des tournantes" ont parlé, ainsi qu’Ingrid, une des "marcheuses" dont l’interview, "l’Egalité en marche", figure à partir de la page d’accueil du site CDG.

Il y avait du monde, un très grande salle pleine où beaucoup de gens n’ont pu trouver à s’asseoir.

La prez a su trouver les mots pour faire passer divers messages qui nous paraissent évidents mais ne le sont pas pour tout le monde : le machisme n’est pas une spécialité exclusive des banlieues, la pauvreté n’est pas la cause des violences envers les femmes même si elle est un facteur aggravant, votre corps est à vous, vous avez le droit d’en disposer comme vous l’entendez, de vous habiller comme vous l’entendez, d’avoir des rapports sexuels ou pas, la virginité est un tabou absurde, d’autant plus qu’il est étrange de la part des hommes de considérer qu’une femme est souillée dès qu’elle a eu un contact avec eux, etc. Réaction d’un mec dans la salle : "ah non, vous faites un amalgame, ya pas que les musulmans qui sont machistes, etc" Je cite de mémoire mais c’était l’idée. IA explique patiemment que ce n’est pas du tout ce qu’elle a dit, bien au contraire, mais le type repart dans son obsession. Incommunicabilité... Et ça c’est reproduit à plusieurs reprises dans la soirée, y compris avec les filles des quartiers

Samira Bellil a fait un tableau à pleurer du calvaire des filles victimes de viol collectif : elles sont mises au ban de la cité, la rumeur circule et tout le monde est au courant, on crache sur elles, on allume le feu à leur porte, les insultes pleuvent. Les familles n’osent plus sortir et sont obligées de demander qu’on leur fasse les courses. Elles ne peuvent pas déménager car manque d’argent. Les agresseurs sont remis en liberté et menacent impunément leurs victimes qui ne peuvent éviter de les croiser si elles veulent sortir. Le plus scandaleux : l’état ne leur accorde absolument aucune protection. Les demandes de mutation de domicile faites à l’administration des logements sociaux aboutissent à les reloger à Roubaix à partir de Lille, alors qu’il faudrait mettre des centaines de kilomètres entre elles, leurs agresseurs et leur cité d’origine. Les filles bien sûr sont démolies, zombifiées : suicide, dépression, arrêt total de scolarité parce qu’elles ne peuvent plus sortir de chez elles et doivent changer d’école dès que leur statut de "fille tournée" est connue. Face à cet abandon des victimes par la loi républicaine, IA a déclaré que les mots de non assistance à personne en danger ne sont pas exagérés.

Des intervention d’hommes de bonne volonté mais qui n’ont visiblement pas tout compris sur le sexisme : un type se lève et fait un discours "jeanferratien", genre "la femme est l’avenir de l’homme" : "c’est à vous, les femmes, d’éduquer vos enfants pour qu’ils ne deviennent pas des machos, des violeurs etc." Et les pères alors, ils sont dispensés de participer à l’éducation des enfants ? ? ?

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Au fond de la salle, un groupe d’hommes prennent la parole et reprochent à "Ni putes ni soumises" de coller aux hommes des quartiers une image de machos et de violeurs et de contribuer aux clichés négatifs sur les cités. Ils coupent la parole à Ingrid, parlent fort, essaient de couvrir sa voix. Ils ne se rendent même pas compte que leurs interventions style "passage en force" sont un vrai festival de machisme et qu’ils décrédibilisent eux-mêmes leur message. Lorsque nous sortons, Ingrid, discute encore patiemment avec eux et ne lâche pas un pouce de terrain.

Ces témoignages, le cran, la conviction de ces filles devant leurs adversaires sont impressionnants. Maximum respect !