samedi 13 avril 2002

ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES

par le bureau des chiennes de garde

 

Rappelez vous : le huit mars, pour marquer la journée des femmes et l’intégrer dans l’actualité politique , nous demandions à chaque candidat-e de prendre position sur six mesures concrètes que nous exigeons pour réformer la condition des femmes et poser les termes de débats nécessaires à son amélioration.

Rappelons que les femmes ont obtenu le doit de vote le 21 avril 1944 (un siècle après les hommes) et qu’elles sont éligibles depuis la même date. Elles forment 53% du corps électoral. Elles composent 10,9% de l’Assemblée Nationale. Nul ne connaît le pourcentage occupé par les femmes (hors période électorale) dans les préoccupations de la classe politique. A ce jour, aucune femme n’a jamais été élue Présidente de la République.

Au premier tour, finalement, restent en lice 16 candidat-e-s : 4 femmes, douze hommes, soit 25% de femmes et 75% d’hommes. Les deux favoris, deux hommes, sont déjà actuellement respectivement Président de la République (chef de l’Etat, Jacques Chirac, préside mais ne gouverne pas) et Premier Ministre (chef du gouvernement, Lionel Jospin, gouverne mais ne préside pas).

Les 16 rescapé-e-s de la chasse aux signatures (chaque candidat-e, pour être homologué-e par le Conseil Constitutionnel, doit rassembler 500 signatures d’élus) sont les suivant-e-s :

    - Bayrou, UDF, Union pour la Démocratie Française, centre droit

    - Besancenot LCR, trotskiste, extrême gauche première mouture

    - Boutin Pas de parti (ex UDF). Droite traditionnelle, catho grave

    - Chevenement MDC, Mouvement des Citoyens, ni droite ni gauche, bien au contraire

    - Chirac RPR Rassemblement pour la République, parti au pouvoir, droite tout court

    - Gluckstein Parti des Travailleurs, trotskiste, extrême gauche deuxième mouture

    - Hue Parti Communiste, gauche plurielle (participe au gouvernement actuel)

    - Jospin Parti Socialiste, gauche plurielle (dirige le gouvernement actuel)

    - Laguiller Lutte ouvrière, trotskiste, extême gauche troisième mouture

    - Lepage Cap21, écolo apolitique ayant été ministre de Chirac

    - LePen Front National, extrême droite (en langage familier, facho vieux)

    - Madelin DL, Démocratie Libérale, droite libérale (du point de vue économique)

    - Mamère Les Verts, écolos de gauche plurielle (participent au gouvernement actuel)

    - Mégret MNR, extrême droite (en langage familier, facho jeune)

    - SaintJosse Chasse pêche nature et tradition (en langage familier, réac rural)

    - Taubira PRG, Parti Radical de Gauche, centre gauche (participe au gouvernement actuel).

     

Le huit mars, nous avions envoyé 24 lettres intitulées " Six exigences pour la démocratie ", aux candidat-e-s suivant-e-s : Allenbach, Bayrou, Besancenot, Boutin, Cheminade, Chevenement, Chirac, Dieudonné, Hersent Lechatreux, Hue, Jospin, Laguiller, Lalonde, Larrouturou, Lee cindy, Lepage, Le Pen, Madelin, Mamère, Mégret, Pasqua, Saint-Josse, Taubira, Waechter.

Entre le huit mars et le 10 avril, neuf de ces candidats à la candidature ont disparu : Allenbach, Cheminade, Dieudonné, Hersent-Lechatreux, Lalonde, Larrouturrou, Lee Cindy ( !), Pasqua, Waechter.

Cinq d’entre avaient répondu avant le dépôt des signatures. Vous trouverez donc leurs réponses (et commentaires) dans ce dossier. Il s’agit

- d’Allenbach,

- Cheminade,

- Hersent-Lechâtreux,

- Lalonde et

- Larrouturou.

Quatre n’ont pas répondu :

- Dieudonné : ne semblait pas disposer d’un état major très organisé, il est resté très difficile à joindre. A l’heure actuelle sur scène à Bobino, en onemanshow, intitulé Cocorico. Excellent.

- Lee Cindy : est restée muette : ouf !

- Pasqua : le plus inaccessible, (plusieurs barrages téléphoniques pour parler à la - responsable de la question !)

- Waechter : silence radio.

Sur les 16 candidat-e-s, nous avons aujourd’hui 14 réponses. Seuls deux d’entre eux ne nous ont pas répondu :

- Le plus excusable : DANIEL GLUCKSTEIN. Il n’a pas répondu pour la bonne raison qu’ignorant sa candidature nous ne lui avons pas envoyé de question ! Il est le bienvenu, évidemment, pour répondre aujourd’hui. Même si le fait de connaître les réponses de ses camarades candidat-e-s fausse un peu le jeu.

- Celui qui s’en fout : ALAIN MADELIN. Seul dans son cas, il nous a ignorées. Qu’en déduire ? Que les femmes, il s’en désinteresse, il s’en fout, s’en contrefout, s’en moque, s’en tape, s’en balance, s’en bat l’œil et le reste. Ça l’indiffère, le laisse froid, le gave, ça lui en touche une sans bouger l’autre. Comme ça, vous le savez.

Les réponses des autres candidat-e-s sont classées par ordre alphabétique. Nous les remercions d’avoir consacré à nous répondre une quantité très variable de temps et d’énergie, malgré un emploi du temps dont on devine qu’en période électorale il doit ressembler à celui, permanent, d’une mère de famille exerçant une profession. C’est dire si nous comprenons leur effort.

- François BAYROU : A répondu le 28 mars. Prises de position floues et pas contrariantes, un peu enfonceur de portes ouvertes. Monsieur " j’me mouille pas ".

- Olivier BESANCENOT : Réponse in extremis, le 8 avril. Point de vue intéressant sur les femmes étrangères vivant en France.

- Christine BOUTIN : Pas de réponse spécifique à notre question, ni d’engagement sur les six mesures que nous préconisons. Invoque son emploi du temps, et nous envoie deux communiqués de presse, que nous publions. Positions parfois intéressantes sauf sur un point (irréconciliable !) : Madame Boutin est une adversaire absolue du droit à l’avortement.

- Jean-Pierre CHEVENEMENT : Toute dernière réponse. A noter qu’il avait pris son élan pour répondre à une septième question.... Ne voit pas la nécessité d’une loi anti sexiste et semble vouloir limiter l’éducation sexuelle aux filles....

- Jacques CHIRAC : Roselyne Bachelot étant l’une des premières signataires du manifeste des Chiennes de garde, nous avons bénéficié d’une attention particulière : la réponse de Jacques Chirac est l’une des premières à nous être parvenue.

Remarquable exemple de langue de bois : est d’accord sur tout sans se prononcer sur rien.

Non favorable à une loi anti sexiste. Une perle : " Le proxénétisme est un esclavage " : non, Jacques, c’est la prostitution qui est un esclavage. Le proxénétisme est un esclavagisme. C’est à dire le contraire. Encore un petit effort pour être féministe, Monsieur le Président.

- Robert HUE : Réponse très rapide, détaillée et solidaire. Jugez vous même. Vivement qu’il pariticipe au gouvernement (MDR) !

- Lionel JOSPIN : Réponse un brin laborieuse (il a fallu insister), nettement moins rapide que Chirac, mais nettement plus élaborée. C’est Martine Aubry qui s’y est collée. Nous nous livrerons plus tard à une analyse circonstanciée, puisque Lionel Jospin peut gagner cette election. Tendance à l’autojustification, pour des raisons évidente. Loi anti sexiste diluée dans d’autres mesures. Moralité : ça fait cinq ans qu’on fait rien, et on va continuer.

- Arlette LAGUILLER : La réponse la plus fun, d’un certain point de vue. En deux temps : d’abord une lettre, datée du 11 mars, annonçant une réponse. Puis un coup de fil, le 21 mars. Réponse (sic) : " C’est oui pour tout ! ". Nous demandons si un courrier suit. " Non, je vous répète que c’est oui pour tout ! Au revoir ! " Solidarité totale ou mépris absolu ? En tout cas, pas de trace écrite.

- Corinne LEPAGE : La plus rapide ! Nous recevons une lettre dès le 12 mars ! Solidaire, cordiale, et pas langue de bois pour un sou, elle " souscrit en totalité aux six mesures proposées... ". Au sujet de la prostitution : " il faudrait commencer par ne pas assister aux débats minables comme ceux que nous avons eus devant le Sénat français où certains se sont plaints, en particulier Robert Badinter, du traitement trop sèvère infligé aux clients des prostituées... "

- Jean-Marie LE PEN : Inénarrable ! Autant que laconique. Tendance " J’me débine ". L’interlocutrice téléphonique montrait beaucoup d’empressement à répondre, et semblait prendre la question très au sérieux. Résultat : cliquez pour voir...

- Noël MAMÈRE : Réponse partielle, tardive, et surprenante ! Les Verts auraient ils changé de position vis à vis de la prostitution ? Nous nous en réjouissons, et attendons une confirmation notamment sur la position des Verts vis à vis de la politique européenne. Pas de réponse au sujet d’une loi anti sexiste.

- Bruno MÉGRET : Contrairement à LePen, Bruno Mégret a pris la peine de nous répondre point par point. A défaut de partager la moindre de ses opinions, reconnaissons à Bruno Mégret le fait d’avoir respecté notre démarche.

- Jean SAINT JOSSE : Réponse très rapide et pour cause : il s’est pas foulé, le bucolique ! Il nous a envoyé une lettre type qui commence par un remarquable : " Monsieur le Président ". Puis, considérant qu’il n’a pas à nous " caresser dans le sens du poil " (colossale finesse !) il nous envoie son programme en nous invitant à y chercher une réponse à notre question.

- Christiane TAUBIRA : Il a fallu insister, mais nous avons obtenu une longue et attentive réponse.

N’est pas favorable à une loi antisexiste : " Nous souhaitons donc faire adopter une loi générale punissant les propos et injures à caratère sexuel, portant atteinte à la dignité de la personne ".

Idées intéressantes sur la gynécologie médicale et le rôle qu’on pourrait lui faire jouer.

Une analyse plus détaillée et exigeante sera faite dans les jours qui viennent, surtout pour les candidats ayant une chance de gagner ! Autant que le contenu des réponses, c’est la manière dont elles ont été obtenues et rédigées qui révèle la place des femmes dans les thèmes de la campagne électorale. Certes, nul candidat ne peut se permettre de froisser la majorité du corps électoral. Mais pour autant, on sent bien, en lisant les réponses, à quel point elles ne sont pas le résultat d’un débat en profondeur. Etre prises eu sérieux, au moins autant que les chasseurs ou les agriculteurs reste pour les femmes un but à atteindre. Est ce parce que n’avons pas la culture du recours à la violence, qui semble être aujourd’hui le sésame pour le respect de la classe politique ? Est ce parce que le patriarcat, qui est le système de domination le plus ancien et le plus puissant, (auprès duquel le capitalisme fait figure de petit nouveau inexpérimenté) sait à merveille sécréter les anticorps qui le protègent de la révolte des dominées ? Surement les deux, parmi d’autres raisons.

Bonne lecture !