Réponse d’une chienne de garde

Publiée dans le courrier des lecteurs du monde 29.9.99

 

 

par Nelly Trumel

Madame, Monsieur,

J’ose prendre la plume, moi, obscure " Chienne de garde" pour répondre à la réponse de Murièle Savigny au manifeste des "Chiennes de garde" publiée dans le courrier du Monde des 26 et 27 septembre et titrée " violence féministe".

Où est la violence ?

- quand des agriculteurs interpellent une ministre aux cris de "enlève ton slip salope", je me sens violentée.

- quand un responsable de France Inter parle de "radio ragnagna" à propos d’une émission traitant de faits de société parce qu’elle est réalisée et animée par des femmes, je me sens violentée.

- quand certains médecins hommes appellent leurs consoeurs gynécologues :" les mémères à frottis", je me sens violentée.

- quand en conférence de rédaction, un confrère lance à une consoeur :" tu as quelque chose aujourd’hui pour ta rubrique connasses ? " je me sens violentée.

- quand les ouvrières d’une entreprise (Maryflo) lasses d’être harcelées et appelées quotidiennement par leur supérieur hiérarchique "connasses" ou "salopes", pour être entendues, ont dû faire grève, je me sens violentée.

- quand Marc Fumarolli, académicien, à propos de la féminisation du langage écrit :" tranchons entre recteuse, rectrice ou rectale", je me sens violentée.

J’en passe et des meilleures.

Si vous remplacez "femmes" par "étrangers" et tous les surnoms que le racisme peut leur attribuer comme le sexisme en attribue aux femmes, il y aurait tollé et plus !

Marc Fumarolli l’académicien ci-dessus cité l’a osé dans notre quotidien préféré, Le Monde du 31 Juillet 1998 :" à moins que nous ne soyons résignés au fond à voir le français devenir un artificiel créole ( on y dirait comme les deuxième classe indigènes dans les romans banania : y a bon ma capitaine)...

Quand pendant tant d’années nos protestations sont toujours restées lettres mortes et que pour être entendues (mais pas forcément comprises), il a fallu en passer par l’expression provocatrice : " les Chiennes de garde", je continue à me sentir violentée.

Rassurez-vous, nous ne mordons pas, nous ne montrons que les crocs ; la violence nous ne la connaissons que trop !

Moi aussi, ma place de femme je la déclare, je l’affirme mais je refuse parce que femme, d’être ridiculisée, d’être traitée de connasse, de salope, de mémère à frottis, parce que femme, à travail égal d’être payée 27% moins cher, parce que femme de risquer d’être battue, violée,voilée, excisée, mariée de force ou répudiée, interdite de parole ou d’écriture comme Taslima Nasreen.

Un tiers des signataires du manifeste des Chiennes de garde sont des hommes.

Ces hommes se revendiquent "Chiennes de garde" car ils ont compris que le féminin n’a rien de ridicule ou de dégradant, ils ont compris que lorsque une femme est insultée, violentée c’est eux aussi qu’on insulte et violente.

Etre féministe, c’est de toutes ses forces désirer mieux vivre ensemble.

dimanche 3 octobre 1999