Fouquet’s

NOUS SOMMES TOUTES DES FEMMES PUBLIQUES
Lettre ouverte au directeur du Fouquets

 

 

Le dimanche 7 novembre 1999, à 18h, deux femmes se sont vu refuser l’entrée du Fouquet’s, un bar-restaurant de Paris, avec pour motif : « Les femmes non accompagnées ne sont pas admises au Fouquet’s. » Selon Le Monde du 12 novembre, le directeur, Yvan Lavaux, a déclaré que, du temps du précédent propriétaire, « cela grouillait de prostituées ». Il a donc « mis en place un service de sécurité qui sélectionne la clientèle (). Pour rehausser l’image du Fouquet’s, nous n’acceptons plus les dames non accompagnées dans la partie brasserie. À l’exception, bien sûr, des clientes que nous voyons fréquemment avec leur mari. » Dans Le Parisien du 12 novembre, un porte-parole du groupe propriétaire affirme que la mesure vise à « protéger la clientèle de toute forme de racolage ». Au cours du Journal de 20h, France 2 a montré un panonceau placé au-dessus du bar : « Les dames seules ne sont pas admises au bar. »

Se fondant sur l’article 225 du Code pénal, les deux femmes ont porté plainte pour discrimination sexiste et raciste - l’une d’elles est noire. Elles ont demandé aux Chiennes de garde de les soutenir.

Sommes-nous en 1999 ou en 1899 ? Une femme qui sort doit-elle encore être accompagnée par un chaperon masculin, père, frère ou mari ?

Une femme « seule » ou « non accompagnée », qui désire entrer dans un établissement recevant du public, doit être traitée comme un homme « seul » ou « non accompagné ». Au Fouquet’s, on lui refuse l’entrée de la brasserie, sauf si on lui connaît un « mari ».

Pour le Fouquet’s, une femme sans homme n’a pas de droits.

Le Fouquet’s veut protéger les clients de la prostitution.

Nous, Chiennes de garde, nous défendons des femmes

insultées publiquement de manière sexiste.

Nous affirmons la liberté de mouvement de toutes les femmes.

Nous demandons au directeur du Fouquet’s

1. de présenter des excuses publiques aux deux femmes interdites d’accès dans son établissement, ainsi qu’au réseau des Chiennes de garde qui les soutient.

2. de prendre l’engagement de cesser désormais cette pratique discriminatoire.

3. d’apposer sous le panonceau « Les dames seules ne sont pas admises au bar » une mention indiquant qu’il s’agit d’un souvenir historique, non valable de nos jours.

Nous attendons une réponse sur ces trois points avant le 30 novembre 1999. Sans réponse satisfaisante, nous demanderons aux 1188 signataires du Manifeste des Chiennes de garde contre la violence sexiste, ainsi qu’à toutes les personnes déterminées à lutter contre le sexisme, de boycotter le Fouquet’s. Le jour où le Fouquet’s prendra l’engagement public de renoncer à sa discrimination sexiste, nous retirerons cette demande.

Écrivez à la direction du Fouquet’s pour exprimer votre solidarité et appuyer ces demandes

99 avenue des Champs-Elysées 75008 Paris tél. 01 47 23 70 60 fax 01 47 20 08 69

lundi 15 novembre 1999